Débatteurs et précepteurs de France, encore un effort! Se montrer sans culottes n'horrifie plus personne. Même les pisse-vinaigres de « laissez-les-vivre » s'y sont mis, mais au lieu de balader un plâtre virginal sous un ciel irlandais, c'est un foetus plus nu qu'une grenouille qu'ils jettent à la face du "philozoophile" de Vincennes, pour cause de matérialisme français. La Vie, cette engeance-là, puritaine, la voit, comme son cousin germain libéral, brute de décoffrage. Mais si couper une tête commande, autant qu'un cordon, d'être nature, cela ne peut s'opérer sans franche rupture, avec la société civile qui, elle, l'histoire le montre, en change comme de chemise. Reste, en effet, au pire, comme disent les meilleurs d'entre nous, la ressource d'une frappe étatique, dès lors que la mayonnaise électorale n'accouche pas d'une solution potable, et tant pis pour l'éthique et l'esthétique! Mais revenons à l'actualité toute bête, pure, qui jouit, semblet-il, de l'énorme pouvoir de voir le travers des choses et d'en sentir aussi bien l'odeur que le parfum, émanant de ses étranges grilles de lectures.
La récente bulle médiatique autour d'une pillule comportementale, format ministre, le confirme: sur un plan intellectuel, le coeur de la France est en forme d'île oubliée et peuplée de pingouins surréalistes, sorte de semblants d'hommes. Nul doute que cet appendice, dont personne, c'est clair, n'a le monopole, est un pôle, au même titre que, miracle de technologie vert-armée, le cadavre harnaché de tuyaux et sur le point de rendre son âme à la démocratie. C'est elle, au fond, qui, par métempsychose, la fait homme. Sinon quelle eau miraculeuse l'eût animé! Car pas un mot, chez plus-que-France-plus, consacré à l'essentiel: à savoir que le soi-disant « jeune musulman », ex-jeune des banlieues, doit, pour décrocher un « job », se plier, comme à l'entrée d'une mosquée, à cette consigne, à gueule de vigile, « tenue correcte exigée », c'est-à-dire obtempérer aux règles non écrites qui président à la concurrence de tous contre tous et donc à l'enrichissement de la société française, c'est-à-dire d'une minorité, sinon bye! Bye! Bouffon! Pour manger, va chercher tes coupons!
Trouver du travail, travailler, aujourd'hui, ne suffit plus, se prosterner à l'orientale devant le patron est requis. Histoire de montrer qu'on a l'esprit d'entreprise, tel l'esclave à patte blanche, vivement invité, après baptême, à voir Rome d'un autre oeil. Tout à coup, on ne naît plus romain, on le devient, virtuellement, il va sans dire. Mais au lieu de dénoncer cet exemple édifiant de discrimination positive, illustrée à merveille par le tutoiement et l'épouillage, lors d'une banale garde à vue, modeste façon de manifester son goût pour une justice hasardeuse, discrimination, rappelons-le au passage, indispensable à toutes formes de sociétés traditionnelles où agir pour sa propre conservation prend immanquablement la forme d'un privilège, la liberté, y étant stricto sensu naturelle, c'est-à-dire post-mortem, ce qui implique effectivement un héritage de longue durée, la mare médiatique, fées, crapauds, canards, contre la casquette étatique de traviole, a immédiatement enfourché la cavalerie marine du racisme, de l'islamophobie et autres billevesées idéologiques qui tue l'esprit public, si jamais il existe autrement que sous sa pâle incarnation présidentielle. Plumage et ramage sont donc bien, en France, les mamelles de la plateforme médiatique et ce bestiaire forcément précapitaliste n'a fatalement que faire de la sacrosainte trinité républicaine: liberté, égalité, fraternité. Ramper, battre des ailes, hurler, voilà sa manière d'être otage de l'imbécillité d'époque. Chouette communauté de destin!
Mais ce théâtre de boulevard underground uniquement tourné vers la peau-de-chagrin du jour, vessies, bourkas, casquettes, n'est pas le fait du hasard. Il a tout du commerce triangulaire équitable entre le tout et le rien où l'égalité est vue comme un ensemble vide dans lequel fourrer pêlemêle toutes les différences, et dans tous les sens, l'habituel petit jeu à somme nulle des libertés individuelles, comme si cet amas inconsistant d'amours-propres pouvait avoir pour résultat de ne pas reproduire à l'infini la division sociale et le laissé-pour-compte. Le monstre froid, c'est-à-dire l'état capitaliste lui-même et pas seulement ses petits, moyens et grands commis que la dernière bousculade électorale a porté sur le devant de la scène, à grands coups de zim boum boum médiatiques, n'en n'est pas entamé d'un poil; et tous les docteurs schnocks français, socialistes et libéraux plus ou moins merdiques et verdoyants, qui, eux, ne le haïssent que comme il faut, de faire montre de civilisation. Si on ramène cette chose-là à de la religion, alors, évidemment, oui! On peut parler d'héritage culturel, c'est-à-dire de dressage de la sauvagerie, à coups d'habits neufs et de jargon de comédie. Voilà comment aujourd'hui, en France, on fait, d'une casquette l'autre, concrètement ses adieux au roman national. Mais après tout, la fable convient mieux au despotisme soft de la discrimination positive, c'est-à-dire de la divisions sociale rabaissée au niveau de l'infrasocial le plus insipide: l'individualisme. La porte est grand-ouverte à une nouvelle révolution culturelle. Allez! Tous ensemble, les bras au ciel, soyez des anges! L'accès au paradis suppose tout de même quelque indulgence: le droit de faire le guignol si, et seulement si, le poids social de l'impétrant est légèrement supérieur à celui de ses roupignolles. Et comme cette fable est en France:
Pour tourner ta casquette,
à gauche, à droite, derrière,
des tunes i' faut que t'en pètes,
sinon, ta patrie est sous terre!
Prolétaires, il est temps de se débarrasser de toutes nos peaux d'ânes!
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