Voici un fait remarquable ! La droite hygiénique a tellement peur pour ses acquis et privilèges, -son mode de vie, son avenir, non ! N'exagérons pas, nous n'en sommes pas encore là-, qu'elle en chie par la tête. C'est une peur supérieure qui se présente sous forme de pages plus ou moins héroïques : Jeanne d'Arc, Jean Moulin, Éric Woerth. Toutes les civilisations ont leurs martyrs. Et tous les journaux, leurs faits divers. La droite française est donc le souffre-douleur noble de tous ceux qui n'aiment pas la France. Cependant, ce magma volubile et inconsistant, en s'agrippant, ici, à la terre qui le nourrit, à la différence du nouveau peuple élu qui fuit la pyramide du Louvre, pour la Lorraine moderne, qui étend de la Belgique à la Suisse, via la république de Clearstream, deux bras maternels, montrant quel coeur l'anime, ne démontre-t-il pas la vérité de la droite qui est la France grandeur nature ? Même la racaille qui a peur pour ses sous ne peut se passer d'elle. Cette bonne image d'elle-même semble lui avoir échappée. Pourquoi ? Eh bien justement parce qu'elle a de la merde dans les yeux, le nez, la bouche et les oreilles ! Cette merde, évidemment, c'est la faute aux immigrés, d'abord ! Ex-aequo aux chômeurs ! Et, en troisième position, comme, de bien entendu, au grand-méchant Mou !
Mais les-Français, et donc la droite, toute la droite, rien que la droite et, au fond, la droite seule, ne sont pas seulement larges d'esprit, exprimant leur valeureux désir d'être exploitée à l'Allemande, plutôt que vivre, par procuration, en esclaves socialistes, ils sont également tatillons. Ils tiennent à empiler leur valeurs. L'âne laïc, d'abord, au bas de l'échelle, le chien du Seigneur, ensuite, au-dessous du gros-matou d'état-major et enfin au-dessus de la pile, couleur gyrophare, leur président, un coq ! La fable aussi est un élément originel de la culture européenne. Déjà Ésope rapportait les travers du despotisme. Les-Français ont, en effet, la merveilleuse faculté d'attribuer aux autres leurs propres défauts, dont ils s'estiment indemnes, depuis qu'ils les ont exportés, en Asie et en Afrique, sous un bel emballage glacé, portant en filigrane la devise dévaluée Liberté-Égalité.
N'en parlons plus ! C'est vrai ! Pourquoi célébrer les esclaves haïtiens en lutte, qui chantaient, contre la France et son armée, la Marseillaise ! La droite préfère mettre au premier plan le côté positif du colonialisme et de l'esclavage : se faire exploiter par la « civilisation française », venue ajouter Sophocle au knout, c'est tout de même autre chose!Et d'en rajouter une louche post-moderne : que savaient les peuples colonisés de la démocratie grecque, avant d'être libérés, par le colonialisme, de leurs préjugés coloniaux ? N'ont-ils pas, derechef, montré leur infériorité culturelle, en ne se choisissant pas pour chef, une femme ! Jeanne d'Arc, par exemple !
Cette raison claironnante raisonne si fort qu'elle oblige à se poser la question que voici : la police, en France, est-elle une philosophie ? Cela dépend des circonstances. C'est donc une réal-philosophie. Si elle se présente, sur un plateau télé, en forme de corporations synergiques, ayant incorporé la forme syndicale, c'est-à-dire en tant qu'agent de la force publique, invité à dire toute la vérité sur lui-même, alors là, non ! Pas du tout ! La police ne blablate pas, à l'instar des coupeurs de joints in-folio. Elle agit et ne peut que restituer une vérité sauvée du long fleuve sauvage des banlieues. Une sorte de Rhin germanique pré-chrétien. Le Rhin, en effet, en tant que source spirituelle, a de multiples affluents, pas tous bénéfiques. Et donc il déborde la simple géographie, grâce à la logique de l'identité et se déplace à son gré. Inondant, un jour, la patrie du merveilleux géorgien, menaçant, un autre, l'état plusieurs fois millénaire israélien. C'est comme ça. Ça ne s'explique pas. Ça se vit.
Si maintenant, cette police se présente, en tant que ministre de l'identité, elle devient ipso facto, in partibus infidelium, montrant ainsi sa capacité à étendre son propre domaine au-delà de l'humble commissariat et de son propre bureau, meublé à l'ancienne, orné de drapeaux et d'un grand tapis rouge, le tout offert à l'admiration du public, lors des journées du patrimoine, et, par là, à épouser ses origines chrétiennes, comme fait aussi le lobby pharmaceutique qui emploie un vocabulaire de même nature, en arguant de raisons similaires : soigner, calmer, se concentrer sur la vraie vie. Mais épouser ses origines, par la langue seule, pourrait paraître formel. Aussi y aller au corps-à-corps, à la hussarde, rend la chose plus vraie et vivante, et complète le panorama électoral qui, sans cela, resterait infécond. Et alors la messe, soustraite à cette communion, de l'espèce la plus populaire, serait ratée. Faire de la bible, un polar, est apparemment la manière toute trouvée pour faire de la France, un nouveau monde, en même temps éternel.
Que la police se borne à faire la police, ce serait évidemment une exigence insupportable, dans un pays où s'identifier à l'autre est une obligation de nature quasi contractuelle ! Qui refuserait de se mettre à la place des riches, les pauvres, la vie est dure pour eux aussi ! D'intégrer les problèmes de l'entreprise et du monde patronal, luttant contre le marché. De se substituer aux victimes, une seconde, car qui n'expérimente pas, dans sa chair, en esprit, la barbarie, n'a pas le droit à la parole. Qu'il aille se coucher sous la tente, dans le terrain vague d'à-côté! Arrêtons là, la ronde de l'identité développée à l'infini, selon l'identité identitaire dont le principe se résume au droit du plus fort à dire le monde. Le reste n'est que rumeurs et commentaires. De la merde, quoi ! Comme si l'instituteur devait se faire confesseur, le pape, maréchal, le maréchal, docteur humanitaire et le président, philosophe. Refaire le monde, lutter contre les ondes négatives, en déplacer le point d'appui en permanence, le coude sur le comptoir, tout est là.
Mais que fait le Grand-méchant Mou ? Il tonne contre le miroir aux provocations car, au fond, seule son image l'intéresse. Pour le reste, lui aussi épouse la vérité triviale de son adversaire : vise un peu nos-femmes ! Simplement sa défense de la nudité française, tout-courage-vérité, se couvre du vieux manteau, en forme de grosse feuille de vigne, des principes républicains. La volonté touristique de faire la police en Tunisie, les dépenses publiques pour la faire en Libye et toutes les autres démonstrations mécaniquement supérieures, en Nouvelle-Calédonie, en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire, par l'envoi d'une pléthore de fonctionnaires, n'y a-t-il pas là de multiples occasions de s'opposer concrètement au discours sauvage de cette réal-philosophie, plutôt que se faire les porteurs de panneaux de valeurs, constamment trahis en pratique, sous couvert de solidarité nationale communautaire dont les intérêts sont constitutifs de l'état qu'elle vilipende, pour rire ?
Et donc, autre question qui découle de la première, en quoi défendre les droits de l'homme musulman serait inférieur à la défense des droits de l'homme tout court ? Les communautés nationales ne sont-elles pas toutes privées ? Privées des lumières de la raison. La vie est si complexe. Tout n'est pas montrable, quand même ! Sauf à préparer l'opinion publique à quelque mauvais coup sur la scène internationale et à dire aux Français d'origine non-européenne : taisez-vous et estimez-vous heureux d'être ici, pendant que dans le même temps, la droite brandit comme des trophées quelques spécimens qui prouvent par leurs réussite, quoi : eh bien la supériorité évoquée ! Le fait que ces gens-là l'ont reconnu, quelque part, en faisant des Français, le peuple élu, pardi ! Si ça, ce n'est pas de la bonne et grosse police, qu'est-ce ? Une pensée préventive ?