Commençons par un conte médiatique. Le grand-méchant-loup capitaliste sort de l'hôpital de la charité publique. Un cauchemar! C'était ramadan! Mais ouf! Il aperçoit un, deux, trois, quatre cochons européens, élevés à coups de subventions et de pudding fiscal, miam-miam, y a bon! Montrant des crocs pointus d'économiste, sermonnant le prof en lui, il sort sa serviette du dimanche, large comme une nappe de pétrole saoudien. Pour être féroce et sauvage, il n'en a pas moins des manières et une bourse qui font tout de suite penser à l'homme tout court. En tout cas, c'est ce que prétend la fable autrichienne catallactique de l'ami-ennemi communiquant. Sur les bancs, dans les couloirs, au milieu des plateaux, c'est la cohue, on crie, au secours, 29 revient! Combien plus juste, même si populaire, cet apriori synthétique: 22, les v'là! S'oppose au loup en question, sorti de nulle part, Riff-Raff, le coq au bonnet d'âne, qui promet que ça va pas se passer comme ça, faudra passer sur lui, avant! Aussitôt dit, aussitôt fait. Le grand-méchant, houlà hop! l'umpapaoute; coq braille et hue! Des écus, des écus, il en pisse, il en chie. C'est une fable moderne, interdite aux aiglons patriotes. Vidé, martyrisé jusqu'à l'os, il n'a plus qu'à chercher un semblant de corps constitutionnel où s'acharner à nouveau. Passe un vieux trumeau républicain qui sert de barricade de salon, le sein flétri, par-dessus un sac de jute, vaguement tricolore, comme la pierre de Rosette qui a le pouvoir de dire trois fois la même chose, différemment. Preuve que l'état d'esprit présidentiel est, comme la buse, triple. Qu'il soit de droite ou de gauche, raff, rien à foutre, foutre! Son sang ne fait qu'un tour, faut voir, c'est quelque chose! Bien mieux que rien, une trique. Derechef, un duel digne des premières pages, où marquer en gros: qui tuera l'autre? Le loup se marre, en bouffant les cochons. C'est pas grave. L'état ne meurt jamais. Sauf à Auschwitz et à la guerre. La morale de ce conte est emmurée ailleurs, en marge du monde tel qu'il est: détruire ou non l'état capitaliste, that is the question.
Mais pour l'idiot médiatique qui parle comme il pisse, changer radicalement de mode de vie et de penser, c'est monstrueux! Il se doute bien que Grand-Soir n'est pas un parfum pour la canaille des beaux-quartiers. Alors, mine de rien, il s'applique à suggérer un autre sens, synonyme de Bain-de-sang, avec ou sans chambre à gaz. Le grand-soir, en effet, et c'est sa leçon de vérité, en cache un autre, comme le parfum littéraire de la liberté, l'odeur du cochon communiste. Les pig's killer, à mains blanches, de la City applaudissent des deux pattes. Ils savent, en effet, de quoi, ils retournent. Le sang, le gaz, outre quantité d'autres matières organiques, ça les regarde, parce que justement, ce sont leurs affaires et pas nos oignons. Et donc, le mot PIG'S qui se présente comme un mot d'esprit, certes tout à fait crapuleux, mais logiquement appliqué à des états capitalistes qui portent aux nues la « libre-concurrence », sur des boucliers étatiques, il va de soi, confirme que toute règle élevée au rang d'Absolu finit par révéler, de manière emblématique, d'abord, son côté monstrueux. Le PIG'S, comme la svastika du prince Harry, rappelle symboliquement l'éminente possibilité de la terreur d'état. Et donc ces PIG'S ne sont rien d'autre que le symbole des peuples opprimés et du prolétariat réduit à n'être que chair à canon. Pour susciter cette haine inexpiable, il a suffi que les gouvernements capitalistes envisagent vaguement d'imposer un service minimum de régulation des marchés. Aussitôt, frénésie de boucliers et bruits de stocks-options, la spéculation, derechef, s'est déchaînée: pas touche à mon magot, bandes de démagos! Mais que deviendrait Big-gang City et ses pig-quaker-squeakers, sans démagogie? Hiroshima, the day after. C'est une image, bien sûr. La City est à Londres, pas à Bagdad ou Téhéran.
En conséquence de quoi, la comédie éthique continue. La France fait ça, comme ça, comme on vient de voir, façon Casanova, à cheval sur une bossue, fissa', faut voir! Pendant qu'en voix off, l'hôtesse économiste à qui on pince les fesses, répète: mondieu! Le marché peut-il se réguler lui-même ou doit-il être mis sous surveillance? Y a les pour, y a les contre, ça équilibre. Ou encore, question subsidiaire, jarnilafrance! L'état national peut-il, doit-il, veut-il ou non, oh! Mondieu! Aidez-moi! Faîtes entendre votre voix! intervenir dans l'économie, pour relier l'économie réelle à l'économie virtuelle? Et si oui, jusqu'où? Et les USA n'ont plus qu'à faire comme si c'était bien ça qui est pour le mieux. Voilà qui résume l'actuel psychodrame de type new-hedge against inflation. Comment faire pour empêcher la brouette inflationniste, outre saloper l'économie standard, d'aplatir le portefeuille des ces messieurs-dames les bronzés, hiver comme été, aux UV? On parle maintenant de sortir le 122-2 européen et préempter la dette publique des PIG'S, pour ramener la spéculation à la raison. Mais n'est-ce pas ce que les états honnis ont fait, en les arrosant, via la grosse Commission, de subventions européennes payées par ces cochons de contribuables, taxables et corvéables à merci. Subventions qui sont le fruit de décisions étatiques, découlant de politiques économiques qui ont conduit au résultat qu'on sait. Et ces politiques économiques, un jour, qualifiées de bonne économie, deviennent un autre jour, comme par magie, de scandaleuses politiques, au gré du caprice orienté de l'éditorialiste de service. Cette séparation aussi commode qu'arbitraire et qui ne correspond à rien de réel, donne du grain à moudre aux libéraux de gauche et aux sociaux-républicains de droite, extrêmes compris, sinon quel lieu obscur, auront-ils, où se toucher, en gueulant, pig's! Cochons de pig's! Le bon état est donc l'état au service exclusif des besoins et classes capitalistes. Le problème est que ces classes se divisent en partis, coteries et autres gangs dont les intérêts s'opposent et fluctuent sans cesse. De quoi susciter le vertige et produire de l'idéologie à flux tendu.