Ne plions pas devant le coup de force étatico-présidentiel, sous prétexte de terrorisme ! Les classes capitalistes ont des comptes à nous rendre sur la rigueur salariale et l'austérité budgétaire. Ce n'est pas au terrorisme que l'état capitaliste fait la guerre, mais à nous, prioritairement et en permanence !
Rassemblement et Unité, derrière moi ! C'est le slogan apolitique et minable, adressé à tous les électeurs, par le chef de l'état qui a obtenu ce qu'il recherchait, un événement préparatoire à un possible choc plébiscitaire, par le biais d'une campagne organisée en vue d'échauffer les esprits. Nul complot là-dedans ! C'est le résultat logique d'une trajectoire qui a consisté à donner du crédit aux préjugés de l'électorat qui vote Front National et sans lequel la droite l'umpéniste ne saurait emporter l'élection. Nul complot, oui ! Mais le résultat est là ! Nonobstant le fait que le choc salutaire attendu est sans doute allé au-delà des espérances raisonnables du prince-président. Après la catastrophe, que pouvait-il faire d'autre que d'adresser, comme il sait si bien le faire, ses condoléances aux victimes ? Quoi d'autre ? Donner une leçon ? De quoi ? De sang-froid imbécile ? De courage gratuit ? De vérité d'état ? Et la réaction de son second couteau, le secrétaire général des forces l'umpénistes, à la guerre comme à la guerre, en est une éclatante confirmation lorsqu'il affiche, sans fard, le but politique poursuivi : la disqualification, par l'amalgame entre burqa et terrorisme, de son principal adversaire socialiste. Pas question donc d'aborder le bilan d'une politique économique, entièrement dédiée à la défense des intérêts des classes capitalistes française et européenne. Il y a bien une communauté nationale élargie dont le prince-président est l'un des PDG. Rappelons au passage que l'état est l'un des acteurs majeurs dudit « marché » capitaliste et donc l'opposer à ce dernier revient à imaginer un prix d'Amérique où le jockey qui tenterait de monter son cheval serait aussitôt disqualifié.
Pour éviter d'avoir à rendre des comptes, le président qui s'oppose, en tant que candidat, à lui-même, avec le culot sans borne qui le caractérise et la bienveillance des médias sans lesquels le présidentialisme à la française ne fonctionnerait pas (sauf à dissoudre les partis), n'a pas d'autre défense que l'attaque ! Et pour ce faire, le prince-président, qui vient de nous montrer, une fois de plus, en quoi consiste son éclatante victoire de 2007, peut compter sur les Dumanet et autres Boquillon, vedettes du journalisme mondain, qui savent si bien se couvrir de gloire, en relevant la tête entre les fesses droite et gauche de la république, au cri de vive l'Empereur ! Le justicier de la région toulousaine, pour en revenir à l'image d'Épinal rendue responsable du séisme électoral, n'évoquera plus, quant à lui, son amour pour Al-Qaïda, le voile intégral, les enfants palestiniens et l'Afghanistan. Comme chacun peut voir, il partageait des préoccupations communes à nombre de politiciens français, sans parler des divers services de fonctionnaires dont il relevait, au quotidien. Simplement, pour le dire, il avait un autre vocabulaire. De même les journalistes, à propos de l'assaut qui a conduit à la défenestration volontaire de monsieur Merah, ont su employé un vocabulaire technique ad hoc, policier, tout en ayant la prudence de parler sous l'autorité de policiers. Et bien sûr les dits policiers que les médias, comme il se doit, persécutent, sans quoi ni les uns, ni les autres ne pourraient faire accroire leur crédibilité, s'en sont donnés à coeur joie. Ils ont reconstruit concrètement l'épisode, pas à pas, afin de déconstruire les scénarios erronés que l'opinion publique (leurs interlocuteurs) pourraient imaginer, imaginant rétrospectivement les dits scénarios, à partir d'éléments seulement sus à la fin, et qui démontrent, au final, que tout s'est déroulé au fur et à mesure, de façon simple, avec les moyens du bord, et non selon les idées véhiculées par les séries télévisées, sur la toute-puissance de la police. Une telle volonté de remplir l'emploi du temps qui manifeste certainement un souci de reconnaissance, nous n'en savons que faire. Ce n'est pas nous qui accordons des médailles pour services rendus à la nation. D'autant que la question posée est : comment en est-on arrivé là ? Et non pas : comment, à quelle vitesse, par quels recoupements et moyens, l'identification de monsieur Merah a été techniquement conduite ? À la décharge de certains journalistes professionnellement choqués (ou veulent-ils dire qu'ils ne sont pas seulement journalistes?) et qui se sont efforcés de nous gratifier de leurs sentiments les plus sincères, (s'IL a été trop loin électoralement parlant, humainement, tout le monde voit qu'IL a raison, nous sommes quand même en guerre !), Untel qui valse et twist simultanément nous dira que quand le pape dit la messe, il n'est pas possible de lui gueuler en pleine face : à confesse ! À confesse ! Sans être aussitôt taxé de terroriste ! En tant qu'enfant de choeur, c'est sûrement vrai !
Des témoignages rapportés par les médias eux-mêmes, il ressort que le justicier de la région toulousaine, s'il avait bel et bien un passé qui, en soi, ne prouve rien, quant à ce qui s'est passé, -la police ne dit-elle pas elle-même qu'il y a, en France, des centaines de justiciers islamiques?- semble avoir eu l'esprit échauffé par un ton de supériorité nationale dont nous laisserons l'analyse psychologique à ceux qui, à notre avis, en ont le plus urgent besoin, pour des motifs plus personnels que tournés vers le bien commun, s'il se peut en dégager un, dans toute cette affaire qui est un véritable scandale d'état!
Nous voilà rendus au point fâcheux de l'exploitation politicienne ! Argument parfaitement déplacé, sur un plan politique, et totalement inconvenant, sur le plan social. Son but explicite, dans le cas présent, est moins de suspendre l'action politique que de la contraindre à se renier, s'il est possible aujourd'hui, sous prétexte d'unité nationale inexistante dans les faits et cela depuis 1871 ! Aux petits architectes mesquins, nous répondons que le problème n'est pas de savoir si la Bastille représentait ou non l'ancien régime et s'il était juste ou non de la prendre, mais bien que le peuple, en 1789, s'est pris lui-même en main, comme peuple ! Cette liberté-là n'est pas pas une chose qui se commande, via un cabinet de la présidence ou à partir d'une chancellerie quelconque.
Quoi qu'il en soit, et abstraction faite du massacre du peuple, par le peuple, au profit des bourgeois et capitalistes de l'époque, sous la direction de « notre » Adolphe national, l'exploitation politicienne des faits, de leurs conséquences et résultats est le lot commun à toute démocratie capitaliste. Qui ne veut pas d'exploitation politicienne, à la française, eh ! bien ! Qu'il quitte la France et aille en Iran ou en Syrie, ou encore mieux, en Corée du Nord ! Il n'y a, dans les conditions politiques actuelles, aucun autre moyen démocratique de juger de la pertinence d'une politique, sauf à souhaiter un régime d'experts, pas tout à fait dictatorial, plus tout à fait démocratique. Et pour parvenir à ce type de régime quasi impérial, un bon quart d'heure d'apolitisme et de démagogie sont généralement nécessaires. Voilà à quoi s'emploie l'actuel président de la république qui appelle au rassemblement et à l'unité derrière lui, au nom d'une république qui n'a pas fléchi ! Face à monsieur Merah, nul n'en doute, il est clair qu'il l'a eu son revers de médaille ! Mais que le prince-président ne désespère pas qu'elle s'agenouille devant lui, c'est ce que nous allons voir entre les deux tours, sachant que le Front national hésite entre deux postures : brailler à genoux ou gémir couché ! Les droites ennemies qui ne se haïssent point, sur tous les points, se réconcilieront-elles, grâce au sang versé ? C'est d'ailleurs à peu près le seul impôt qu'elles tolèrent, quand le besoin se fait sentir d'un sauvetage in extremis.