Disons les choses d'une manière crue, injuste et réductrice, l'idée de totalitarisme, vu qu'en face de nous, il n'y a que veulerie, mensonges et mauvaise foi, en un mot gangstérisme d'état, soufflée par une démocratie qui a fricoté avec le nazisme, par haine du communisme venu briser son home sweet home, une forme moderne d'esclavage, avec le sentiment d'une vie reussie, bref, cette idée a le mérite de montrer que l'état totalitaire n'est pas le passé des sociétés capitalistes, mais, au contraire, leur avenir commun qui s'installe jour après jour, un peu partout, sous couvert de mondialisation de l'économie et de sécurisation des relations humaines. Ce mouvement a été perçu comme « fin de l'histoire », phrase qu'en Europe, on rallonge en « américanisation des sociétés ». Mais cette histoire dans l'Histoire est tellement creuse et sonore que s'organisent en permanence des processions et retraites au flambeau, en faveur de la liberté, le tout, chose en un sens, comique, au milieu d'un océan carnavalesque où tout le monde se traite de fasciste. Hannah Arendt, ce vestige atavique de Hegel, avait bien vu qu'à vouloir attribuer à la démocratie, quand bien même en le lui opposant, un contenu tout de violences et de massacres étatiques, c'était la prendre par le défaut formel de sa cuirasse: son universalité abstraite. D'où l'urgence d'opposer au pot de chambre démocratique, un alter pot-pourri totalitaire, afin que le monde puisse, une fois de plus, se livrer au petit jeu rupestre de la séparation du Bien et du Mal. Parce qu'admettre qu'il y a un seul et même monde, aïe! Aïe! Aïe! Quelqu'un doit banquer! Il est clair que ce début de XXI° siècle titube entre deux avortons de la condition humaine: Maurras et Malraux. L'ouverture du cycle totalitaire, envisagée sous l'angle de la grandeur française. Mais cette rupture ouverte avec la société divisée en classes ennemies, société par conséquent démocratique, n'est pas seulement alla francese.
Dans la légende de fer de la voie italienne au communisme national, obscur objet d'archéologie sous-médiatique qui a vieilli plus vite que la via Salaria, l'ex-socialiste Mussolini, patron de « l'Avanti », qui fut un quotidien socialiste, puis du « Popolo d'Italia », journal nationaliste soutenu par la France et l'Angleterre, Benito Amilcare Andrea dit le « Duce » est donné pour une résurgence du féodalisme. Voilà la mafia sicilienne, élevée au rang d'une aristocratie. Et c'est vrai que l'impôt du sang, cette ignoble plaie des sociétés capitalistes en connaît le prix, sans parler de l'onorevole bonheur d'assassiner tout un chacun, selon son bon plaisir qu'on peut résumer comme suit: crime is money, money is business. Mais même si on admet la thèse implicite de l'arriération économique et politique de l'Italie, au moment de l'éruption fasciste, encore une rupture, dans les années 20, il resterait à expliquer le soutien, à l'époque, aux bandes fascistes de la part d' «il Cavaliere » capitaliste de l'Italie du nord, sans parler de l'aide apportée par l'appareil d'état italien, armée et police confondues, contre le mouvement ouvrier d'Italie, y compris les nombreux ouvriers agricoles qui revendiquaient de meilleures conditions de vie et de travail. La réponse démocratique, qui a intégré le concept tombé pile poil de totalitarisme, à cette question gênante, est connue: il y avait tout simplement deux mouvements fascistes, l'un de gauche, l'autre de droite. Cette réponse bizarroïde, outre le fait que le « peuple italien » y apparaisse comme un demeuré, en tant que milieux populaires disparates, relativement à la bourgeoisie vue, elle, comme nation consciente et réelle, pieuse vision que Pasolini a piraté à sa manière baroque, en la farcissant de contre-cultures, mais elle milite implicitement pour faire de Mussolini, un genre de communiste. Ça tombe bien, le monde est bien fait, il était socialiste, avant de devenir fasciste. Pour l'intellectuel-marabout capitaliste, une hirondelle fait le papillon, le papillon, le printemps, le Printemps, la Samaritaine, tiens! Le PS! On dirait bien que ça donne à penser, la pensée analogique! Ce grotesque est en fait la façon habituelle de considérer le nationalisme italien, comme pas sérieux, pas fiable, le genre pantin, ciao! Sauf que cette imagerie médicale présidentialo-franchouillarde ne correspond en rien à la réalité fasciste et post-fasciste de la nation italienne, un état qui combine avec pragmatisme, affaires, meurtres et massacres. Nul doute que lorsqu'on profite du crime, on ne peut que se déclarer enchanté du cours du monde.
C'est exactement le sentiment qui anime les amis de « il Popolo della Liberta »*, le parti de la nouvelle droite italienne où ont conflué le néo-fascisme de « l'Alleanza nazionale » et le néo-conservatisme de « Forza Italia ». Le nom de leur nouveau parti le dit explicitement: ils sont le peuple de la liberté. Et non plus seulement « il Popolo d'Italia. », le peuple de l'Italie fasciste, titre par lequel est sous-entendu que fasciste et italien sont une seule et même chose. C'est l'occasion de se rappeler que le prolétariat n'a pas de patrie! Et ce qui vaut pour l'un, vaut fatalement pour l'autre. De « il Popolo d'Italia » à « il Popolo della Liberta », il y a une même logique à l'oeuvre qui tend à unir indissolublement nation et état, à la différence de la démocratie représentative pour qui l'état se confondait, au moins en paroles, avec l'intérêt général. Le semblant de neutralité est ici aboli. Il y a le peuple de la liberté, son état, ses lois, etc., et ses ennemis, une masse haineuse et indistincte qui n'aime pas l'entreprise, la vie, le pays où elle vit. Discours convenu, bien sûr, mais tout à fait clair. Tout mouvement social qui tend à l'indépendance vis-à-vis de l'économie nationale et d'entreprises est aussitôt assimilé à une forme particulière de criminalité. Il devient en quelque sorte: il movimento dei deliquenti, une association de terroristes. Cette fois, une partie du peuple est sauvée. Preuve que le totalitarisme est de gauche et la gauche raciste, antisémite, nationaliste, etc. Le but visé par les idéologues de la drôle et divine « révolution conservatrice » est atteint. Réécrire totalement l'histoire passée que la crise actuelle est en train de liquider. Et ce petit refrain pervers est devenu l'hymne de l'Occident capitaliste tout entier. Quant à « il Popolo della Liberta », il est, lui, le fruit de la liquidation du fameux « compromesso historico », ciao, Aldo! avec l'aide, natürlich! du grand frère américain qui a participé au romanzo criminale propre à l'appareil d'état italien. Et donc « il Popolo della Liberta » n'est rien d'autre qu'une déclaration de guerre à l'encontre des ennemis de la société capitaliste, en même temps qu'une reconnaissance du fait que le prolétariat existe.
*La ligue du Nord d'Umberto Bossi n'est pas partie intégrante de cette réunification, comme écrit par erreur précédemment. Et si c'est un lapsus, nous l'assumons
sans état d'âme.