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Vendredi 16 février 2007
Mais ce temps substantiel, ce néant idéologique que résume parfaitement l'idée d'une fin de l'histoire, qu'est-il d'autre que le sabordage du, comme on entend partout, "politique". L'idéologie philosophique, par exemple, n'hésite pas à établir une filiation entre démocratie antique et moderne, en faisant de la démocratie, sous couvert de "cité", un objet a-historique et a-national. La fin de l'histoire aurait donc commencé, grosso modo, en Grèce, sous Périclès. Il y aurait donc une fin sans fin ou, ce qui revient au même, un éternel recommencement. A nager dans le même et l'autre, on débite fatalement des absurdités. L'émancipation politique moderne des sociétés qui se fait sous l'égide de la révolution capitaliste ne se contente pas de créer une classe d'hommes libres ou, comme on répète, de Grecs face aux barbares. Elle bouleverse en permanence les rapports sociaux de production, en transformant les sociétés. L'empire antique qui s'assujettit des peuples n'a rien à voir avec l'impérialisme moderne, sauf dans les rêveries fascistes d'un Mussolini. Mais ce mouvement d'ébranlement des vieilles sociétés où dominait la propriété foncière, mouvement déjà plus que séculaire est aujourd'hui donné comme fin de l'histoire ou plus exactement comme  triomphe de la liberté, un instant retardé par le totalitarisme. Ce prétendu retard, s'il existe, est à chercher dans l'idéologie antitotalitaire qui ne fait que recycler l'antifascisme démocratique, imaginant le fascisme comme un retour aux vieilles sociétés. Et les Hitler et Mussolini, trop heureux que leurs "ennemis" viennent justifier a contrario leurs agissements criminels, de confirmer la chose, au nom, bien sûr, de l'Allemagne de toujours et la Rome éternelle. Des clowns sinistres face à des pantins sans force.

Mais voilà que l'ennemi fasciste réputé pour mentir, dit tout à coup la vérité et on le croit sur parole. Déjà l'idée qu'il posait les bonnes questions. On connaît la réponse. Sinon il aurait fallu avouer la faillite de la démocratie européenne et sa participation directe et indirecte à cette entreprise politique criminelle. L' histoire de la nation française et de ses institutions ne datent pas de 1945. Elle compte, outre le nul et non advenu état français, deux siècles de calculs bourgeois et d'antagonismes sociaux meurtriers. Pour rester le nez collé à l'hexagone. Et donc, la France dont on parle aujourd'hui comme d'un tout, n'est qu'une fiction commode. Elle a, telle qu'on la présente, plutôt l'air d'une citrouille farcie de millions d'individus, chacun armé de sa différence, face au monde. Chaque idéologue se fabrique, à sa convenance, ses groupes de Français retors ou sublimes, dont il développe les figures, au gré des circonstances. Après quoi, tout ce beau monde peut retourner au néant dont il provient, néant dont la substance est grise. Tout cet ensemble évidemment ne cesse de se mouvoir. Sauf que tout mouvement non autorisé devient aussitôt une manipulation, un complot, une réaction archaïque, la défense d'intérêts d'un autre temps, etc. L'idéologue est, en effet, placé au bon endroit pour décrire, au travers d'autres, sa propre pratique. Il n'ajoute rien à ce qui est et, comme il le dit lui-même, il modifie simplement son regard sur la réalité. Mais c'est le cas de tout cinquantenaire, il se souvient de ses vingt ans, sans faire de son cas, une sociologie générale ou particulière. Mais ce n'est pas tout. Ces soixante et quelques millions d'individus incomparables, et par conséquent, sans opinion, sinon par rapport à quoi en trouvent un tout à coup qui les représentent tous. Par quelle magie? Appunto c'é il politico, le politique est là qui explique ce mystère.

Voyons maintenant, à l'occasion de l'élection présidentielle de 2007, comment, hypothèse de départ, la langue ne ment pas? On retrouve, en France, le très classique "affrontement" droite/gauche. Soit grosso modo, le PS et L'UMP. Que la droite nie l'existence de classes sociales, c'est logique puisqu'elle se donne pour la France réelle, celle qui travaille, lutte, se bat, etc. Mais quand certains de ses intellectuels emploient le mot de classes, la conception qu'ils en ont, ne dépasse pas, en réalité, l'idée de catégories techniques ou culturelles. S'il est impossible de nier la complexité de la société française, cela n'empêche pas de croire ou de faire croire à un tout national. Et pour ce faire, la droite politique, conformément à sa vision socio-économique, avec feux d'artifice en prime, quand ça va mal, forme des Unions, des Rassemblements, voire des Mouvements ou des Fronts, les jours de vaches maigres, et non des Partis. C'est que la notion de parti pose le principe d'une division. Et tel est bien le grand reproche adressé à la "coalition socialo-communiste", l'idée d'une division artificielle et doctrinaire des Français entre eux. la déportation des juifs français n'était donc ni artificielle, ni doctrinaire, mais naturelle et conforme à la sensibilité française réelle. C'est bien vrai que la langue ne ment pas. Mais à écouter le délire orchestré qui vient des rangs de la droite, la France de 40 était stalinienne, ou tout comme, et elle a livré les juifs aux nazis.

Si la gauche, maintenant, s'est historiquement affirmé sous forme de partis, en revendiquant la direction des luttes sociales, passé bien lointain que d'aucuns trouve trop marxiste et donc à épurer rapidos, c'est plutôt, en défendant le point de vue démocratique de la lutte pour l'Egalité, qui est, dans le cadre national capitaliste, le développement logique de la liberté obtenue lors de l'épisode révolutionnaire de 89. Pour les bourgeois, une fin, une de plus, mais pour les prolétaires, un début, avec, comme un point de départ, un peuple qui va se dissoudre sous la pression du développement capitaliste. Cependant, la gauche authentique, en France, n'est ni socialiste ou communiste ou anarchiste pour elle, une suite d'adjectifs imposés par l'histoire réelle, elle est républicaine, ce qu'elle confirme, par les prédicats politiques qu'elle accole à cette volonté formelle et historique données qu'est l'idée de parti.  Ainsi le parti socialiste qui se déclare pour une France plus juste qui fera une France plus forte, auquel le berger, brandissant son bâton, répond qu'oui! mais c'est bien sûr, une France plus forte fera une France plus juste, retrouve sa position naturelle, vieille de plus d'un siècle. Son agacement à propos de Blum et Jaurès est logique. Tout ça, pour rien? Pas du tout! Pour la défense des intérêts bien compris du capitalisme français et de des entreprises qui ne compte pas que des patrons du CAC 40 et des actionnaires. La France est un peu plus complexe que ce caca nerveux. Mais qui rappelle que la langue ne ment pas. Elle dit ce qui est. Mais la liberté, la vraie, réclame un parti pris et non la soumission, même subtile et comptétente, aux intérrêts du capital mondial sous prétexte de bonheur des peuples et de bien-être des individus.
Par valentini - Publié dans : 1847
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Jeudi 15 février 2007
Parmi les marchandises intellectuelles que l'idéologie française expose dans ses vitrines, vitrines qu'elle s'efforce de rendre aussi attrayantes que les boutiques sexuelles d'Amsterdam, il y a un certain nombre de nouveaux proverbes, plus ou moins en vue, qui sont comme des taux de change, appliqués à la circulation des idées. Par exemple, comme on a eu "bon sang ne saurait mentir", rétrogradé à un rang inférieur quoiqu'apprécié dans des cercles plus intimes, d'initiés, on a "la langue ne ment pas", tout aussi noble, mais au second degré, républicain, et grandement estimé par les côteries médiatiques et afférentes provinces idéologiques. Ces proverbes proviennent de réflexions intellectuelles qui font plus ou moins office d'autorité centrale, par le biais d'institutions, notamment universitaires, propres à réguler le marché français des idéologies, où de seyants golden boys agitent frénétiquement leurs doigts pour signifier ce qu'ils pensent de la société, sinon dans son ensemble, au moins relativement à ses parties.

Pour le lecteur qui ne serait pas familier avec les actuelles procédures idéologiques, précisons tout de suite que le proverbe "la langue ne ment pas" s'emploie pour dénoncer le mensonge qui ne saurait mentir, évidemment malgré lui, et même plus, qui, tout en sachant qu'il ment, ne sait pas qu'il dit la vérité. A l'origine, l'oeuvre intellectuelle, d'où dérive ce proverbe, vise le mensonge d'état, soit, dans ce cas précis, l'idéologie qui a conduit à la catastrophe nazie. L'idéologie, nazisme y compris, n'apporte, intellectuellement parlant, rien de nouveau. Elle ne fait que transformer le déjà dit ou plutôt elle le présente sous un autre jour. A la manière du déjeuner sur l'herbe.  Comme ajouter e à président. Cet e n'ajoute rien à la réalité de ce qui est. L'institution présidentielle n'a pas de sexe, sauf pour l'angélisme médiatique, à la recherche de l'archange idéal. Mais ôter au roi, plus que sa couronne, change assurément la langue, puisque la langue nous dit ipso facto que nous sommes en république. Ce changement est fort peu philosophique, on s'en doute. Mais en dépit du préjugé actuel en faveur de la production linguistique qui ajouterait au capital, quelque Allemand réellement philosophe a dû reconnaître implicitement, à l'époque, que c'est la guillotine qui, ce jour-là, a fait société.

Par conséquent, même si cent clampins s'épanouissent à l'ombre d'un Klemperer qui fait oeuvre intellectuelle, rien ne change, sur le fond. L'idéologie perdure. Le fascisme n'est que l'autre, comme dit l'autre, de la démocratie ou un même, mais à un autre moment. L'employé modèle qui flambe ou se prostitue, le soir venu, n'est-il pas un autre lui-même? Et donc, entre la déchirure infligée et la perle qui roule sur les tables idéologiques du désir français, la proximité affichée, entre le proverbe et l'oeuvre originale, est semblable au rapport entre l'être et le néant. Le peu humain, si peu qu'on le considère aujourd'hui toujours, après plusieurs millénaires, comme trois fois rien, continue, quand bien même à son corps défendant, de donner naissance à l'enflure idéologique qui le recouvre. Quand au néant, clé de voûte pseudo philosophique de toutes les idéologies actuelles, ajoutons encore qu'il n'est pas autre chose que le temps rendu substantiel. C'est-à-dire, en fait, sa négation ou plutôt, parce que seule la folie institutionnalisée peut croire à une telle possibilité, sa destruction, ce qui, dans ce cas, ne peut se faire que sous forme de massacres. Et comme on parle de fin de l'histoire, on voit que la langue, en effet, ne ment pas. Elle dit la nécessité, non pas au sens réaliste du devoir faire, mais au sens de ce qui est réellement. Et on ne sort pas de cette nécessité, en jouant avec et sur les mots. Par exemple: bougnoul, nègre, salope, juif ont bel et bien un sens en français et il ne suffit pas de ne pas les prononcer ou de pondre à leur place un vocabulaire correct pour que leur sens se dissipe comme  par enchantement.

(à suivre)
Par valentini - Publié dans : 1847
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Mercredi 14 février 2007
L'énoncé que voilà:

Il n'y a pas d'accès au réel direct, pur, nu, dépouillé de toute mise en forme préalable. Il n'y a pas d'expérience sans référence: le mots sont logés dans les choses, une instance tierce se glisse entre nous et les autres, nous et le monde, nous et nous-mêmes. Et puisqu'on n'échappe pas à la médiation, puisque la littérature est décidément toute-puissante, la question est de savoir à quelle bibliothéque on confie son destin.

De cet énoncé, la réflexion que voici:

quelqu'un, au début du XXI° siècle, de perspicace, s'est soudain avisé, enfin presque, que la nature, en l'homme s'écoute, se voit, se sent, se touche, se goûte, bref, en somme, se veut. Il en a religieusement déduit, au nom de la littérature toute-puissante, sinon, sans doute, la chose lui aurait paru abominable, que l'homme est un être moral. Non pas qu'il soit bon, chose que tout utilitariste, après avoir feint , le bichon! de peser le poor et le contre, pensera forcément de lui-même, car autrement, n'étant pas, d'évidence, le meilleur, d'où lui viendrait l'autorité de peser et le pouvoir d'opposer au poor, le contre, et donc, que cet homme, qu'il soit bon ou mauvais, ne peut que réfléchir sur sa propre action, quand bien même de mauvaise foi, non pas faisant le beau, devant une glace, mais en observant chez un tiers, je dis bien un tiers, et non un autre parce que, dans ce cas, il se manquerait lui-même, vu que chacun est pour lui  constamment un autre, car, pour finir, c'est seulement par ce tiers en question que toute réflexion surgit, justement comme résultat de sa propre action. Ou alors, c'est Méduse and co qui se présente.
J'ai dit presque avisé puisque manifestement sa perspicacité n'inscrit nullement ce tiers dans la perspective qu'il s'est donné. Cette dernière, en effet, tombe en arrêt, net! devant l'énoncé, et le monde malheureux n'a plus qu'à errer comme un fantôme ou, comme il est dit, comme instance tierce. Ce fabuleux énoncé, en forme d'auto da fé, est absolument insigne, puisqu'il revient, quelque sujet qu'il aborde, à élargir à l'infini une bibliothèque nommée désir. Le dernier des pharaons vient d'embarquer à bord de la seule pyramide qui a pour principe la suspension permanente de ce qui est. Sinon, se réfléchissant, il exploserait en plein vol, étant l'Autre qui n'est pas. S'il faut ça, en France, pour qu'on en revienne au tiers exclu, j'attends avec impatience que cette "table rase" indéfiniment reportée produise son effet, une envie de liberté nouvelle. Et donc, qui n'aime pas la liberté doit envisager maintenant de quitter la France!
Par valentini - Publié dans : 1847
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Mardi 13 février 2007

Les experts en plate économie sont semblables aux saints du calendrier. Un jour Elie, un autre Jacques et ainsi de suite. L'un rend la vue, l'autre permet de retrouver l'hymen perdu. C'est que, et c'est fatal, les hommes ont leurs soucis du moment auxquels répondent, et c'est logique, des discours différents. Mais si l'Erreur humaine est aussi multiple que les "non" à l'Europe interétatique, l'économisme s'affirme, lui, à ce qu'il semble, comme Vérité tout court. Sinon toute erreur politique serait vérité. Et donc, traduit en france-oui, dialecte hyperdialectique, cette Vérité première et dernière, la voici, en personne: heureux l'économiste, le monde réel lui appartient. Cette terre promise, il en a l'intelligence. Et  même mieux, le réel proprement l'habite, tandis que le plus grand nombre est, lui, victime, d'hallucinations politiques et sociales. Car, en vérité, vivant dans le monde phénoménal où l'on prend inévitablement ses désirs pour des réalités, les hommes ne savent pas ce qu'ils font. Prisonniers des apparences, ils sont comme des galériens qui ne voient que la chiourme, au lieu de considérer l'honneur que leur fait le monarque du jour. Sans parler de la chance de se refaire une nouvelle vie. Le pire, en effet, ne dure qu'un moment.

Mais quid de ce monde réel? Qu'en est-il de cette Amérique nouvelle? En fait de monde réel, l'excentricité experte, nul n'est censé l'ignorer, a en vue, le marché. Un "monde" principalement composé de hauts et de bas qui se croisent, comme des jets d'eau, et composent en se croisant le vrai visage du monde tel qu'il est, réservé aux seuls experts en tous genres. Autant dire que le marché est considéré comme une chose totalement extérieure, voire étrangère, à l'état politique qui est quand même le lot commun. Cet extérieur serait le lieu de la vraie vie qui est aventure, compétition, lutte, combat et même guerre, autant dire qu'on nage en pleine épopée. Ce vrai auquel personne n'échappe, est donc la nécessité même, déjà obscurément poursuivie par l'homme de Cromagnon. L'économiste cinq étoiles, en effet, vient de loin qui est bien plus loin que Marseille. Mais cette nécessité est miraculeuse parce qu'elle n'obéit à aucune loi. Elle défie donc non seulement toute la philosophie depuis Platon et Aristote, mais même le simple bon sens. C'est, en fait, une nécessité libre de toute science. Sauf économique. Mais au sens d'une économie, faisant l'économie d'elle-même. Cette libre nécessité, Diderot l'appelait, évidemment à tort, l'arbitraire et Marx, le seul vrai libéral, au fond, de son époque, une dictature.

Cependant l'état dans tout ça, que devient-il? Eh! bien! justement, libéré de toute nécessité, selon le désidérata croquéconomiste qui situe le marché comme une chose extérieure à l'état, il n'a pas le choix, il doit agir pour exister, sinon il crève! Cet état-là, étalé de la façon la plus experte, est donc pure volonté... de se libérer de soi-même. En effet, si le monde réel est une sorte de pagure extrêmement mobile et toujours en mouvement, une bête furieusement spongieuse et flasque, une totalité insaisissable et définitivement extérieure et hors d'atteinte, que peut l'état, à part tenter d'apprivoiser l'animal, en ayant la volonté de s'adapter et donc de le singer? Voilà une économie de l'homme tout à fait curieuse. S'il restait prisonnier de lui-même, il serait, semble-t-il, un obstacle et alors, adieu la Liberté! L'état et le marché, donc, forment, au final, selon l'évangile économiste, une sorte de trucapode monumental où le fixe dur politique, par ailleurs libre, a le devoir et même l'obligation de se conformer au mou mobile économique, incontournable. Une rencontre hautement problématique parce qu'en tout état de cause, à l'inverse de ce que le sens commun imagine couramment, c'est le mou, ici, qui pénètre le dur. Cette chose qui va à l'encontre de la pensée ordinaire, comment l'expliquer?

Dans le monde de tout le monde, entaché d'erreurs et d'horreur phénomènales, comme on le dit médiatiquement, on compte 191 états, couvrant la totalité du monde connu. Nulle trace d'un marché extérieur, d'un monde réel composé de hauts et de bas qui se croisent, de libres agents interchangeables parfaitement au fait de leur situation et de la situation en général, etc. Et donc pas de superbes jeux de jets d'eau transparents non plus, qui dessinent une belle figure. Le monde de tout le monde compte plutôt,  hélas! pas mal de sales gueules. Que faut-il en conclure? Que le marché n'a rien d'un extérieur mais qu'au contraire, il est le monde de tout le monde et que l'aventure, la compétition, la lutte, le combat, la guerre sont ici et maintenant, entre tous et que, par conséquent, le monde réel de l'économiste n'est qu'une projection du monde de tout le monde et non l'inverse. L'économiste, comme l'escargot qui ne peut se passer de sa coquille, est donc un troglodyte qui imagine le monde à son image. Il y a la grotte où il se trouve et puis le dehors d'où lui vient la lumière. Mais comme il lui tourne le dos, ce dehors, il le voit sous la forme de graphiques, avec des courbes qui montent et qui descendent. D'après lui, ce mouvement-là est fécond, en théorie. C'est le problème de toute théorie: lui manque un élement pour accoucher réellement de l'humanité.

Si le marché n'est pas là-bas, loin, comme on l'entend dire fréquemment, et donc n'est pas le champ clos d'une compétition, avec un grand vestiaire où se dépouiller de toute humanité, pour endosser la tenue économique ad hoc de l'un de ses participants, comment l'état pourrait-il être autre chose que le résultat, toujours changeant, ça, d'accord! du monde tel qu'il est, c'est-à-dire non pas pure volonté, mais volonté du marché et par conséquent, volonté des entreprises qui le constituent, dans le monde réellement donné, et non pas, dans un "monde réel", seulement imaginé par l'économiste de service. Et comment l'économiste en question ne serait-il pas au bout du compte, au lieu du lieu mondial d'où il prétend parler, que l'une des multiples voix de la démocratie capitaliste qui n'est mondiale qu'autant qu'elle est d'abord nationale. Raison pour laquelle, elle voit l'économie comme une chose extérieure à elle-même et l'état démocratique, l'état des classes capitalistes, comme la liberté qui lui est nécessaire pour y affronter tout ennemi, étant entendu que toute désobéissance politique et sociale devient ipso facto, la manifestation d'une intelligence avec l'ennemi. D'où le: qui n'aime pas la France ou l'entreprise, la quitte! Cette liberté-là est une liberté de pacotille. Une liberté qui n'est, en définitive, rien d'autre qu'une volonté de s'adapter au monde tel qu'il est et qu'elle prétend inaccessible à toute autre volonté que la sienne.

















Par valentini - Publié dans : 1847
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Lundi 12 février 2007
Le discours européen sur l'Europe consiste grosso modo à affirmer que l'Europe, c'est la paix. Et tel est bien le cas. L'Europe c'est, en effet, la paix... de 1945! après la faillite retentissante et criminelle de la démocratie européenne, face aux fascismes européens qu'elle a encouragés, soutenus et, in extremis, combattus. C'est démocratiquement que les Mussolini et Hitler sont parvenus au pouvoir. Quant  à la dictature franquiste, le socialiste espagnol Felipe Gonzalez n'a pas hésité à saluer en Franco, l'un des sauveurs de la paisible démocratie espagnole qui se veut aujourd'hui à la pointe du combat pour l'Europe. Cette douce Europe et sa paix élargie sont donc d'abord russo-américaines. Une paix bâtie à coups de guerres et de coups d'état justes, rétroactiment baptisée combat contre le totalitarisme ou Mal absolu. Voilà qui est absolument malin, mais, intellectuellement parlant, purement folklorique!

L'Europe américaine s'est ainsi offert, après 1945, le luxe d'un brevet colonial antitotalitaire et, donc, en pratique, son lot de paix plurielles. La brave paix française en Indochine, en Algérie et, encore aujourd'hui, en Afrique. La paix incestueuse de Franco et Salazar, en Espagne et au Portugal. Deux démocraties transies, en transition dictatoriales. La paix populaire en Roumanie, Hongrie, Pologne, etc., après les épisodes fascistes de cette Europe-là, dissidente, antiouvrière, en veste noire, puis en veste rouge et, à présent, couleur de tapis turc. La paix cordiale franco-britannique en Egypte, avec l'aide d'Israël, fruit du mouvement national européen, exporté au Proche-Orient, à coups de pogromes et de massacres d'état. Et, aujourd'hui encore, toujours sous commandement américain, la paix massive en Afghanistan et en Irak où on continue de mourir, mais pour la démocratie mondiale, nuance! La paix locale à pompons des colonels grecs. La paix allègrement  violée des nationalistes yougoslaves, encouragés, soutenus, puis, une fois de plus, sous commandement américain, combattus par l'Europe. La paix donc de l'Europe des nations, massacreuses de peuples, dénazifiée par le condominium russo-américain, puis démocratisée jusqu'à aujourd'hui à coups de dollars et d'euros et qui se promet, ouf! c'est fini!  fin de l'histoire, une paix perpétuelle.

Cette sagesse européenne, innocente mais forte de l'Expérience totalitaire, son contenu fondamental est tout aussi bien révisionniste que négationiste. Révisionnisme et négationisme, en aucun cas théoriques, mais, bel et bien, pratiques. Car ce sont pas les élucubrations révisionnistes et négationistes, en rien des théories, ça serait leur donner un statut intellectuel qu'elles n'ont pas, étant, en fait, pure propagande d'officines idéologiques privées, qui ont fait et continuent de faire des soulèvements nationaux, hier comme aujourd'hui contre l'Europe et l'Amérique, des mouvements d'origine totalitaire. Qu'on se le dise et le répète: Hitler n'est pas mort, il a émigré au Proche-Orient. Pour un scoop, c'en est un. Et du coup Palestiniens et Israéliens s'en attribuent réciproquement et généreusement la volonté d'extermination. Toute insurrection ou révolte contre les intérêts du capitalisme occidental, c'est-à-dire mondial, y compris, donc, le capitalisme musulman, est aussitôt dénoncée comme barbarie totalitaire. Un drôle d'oxymore. Une divine et curieuse association. Quelque chose comme une anarchie étatique.

Mais qu'est-ce que les barbares ont de commun avec l'état total, plutôt, lui, le produit, d'une civilisation poussée à l'extrême? Sûrement ceci: l'obligation pour le capitalisme total, d'enrôler d'urgence et de force les dits barbares dans son système d'exploitation de l'homme par l'homme et non comme bêle l'écho au logis, de la planète par l'homme. Cette dilution des responsabilités, reprise maintenant sur tous les tons, par la démocratie plurielle, est plus que totalement suspecte. Cette présentation des faits est purement et simplement une falsification. Car qui dirige? Qui décide? Tout le monde? Personne, donc! C'est vrai si on a en vue l'hyperconcentration des pouvoirs politiques et économiques et qui débouche sur un désordre absolu. Mais ce désordre qui serait la paix désirable, la démocratie capitaliste l'organise, à son profit, contre tous ceux qui en contestent, les uns à tort et d'autres à juste raison, la faillite dynamique, selon les classes sociales qui en bénéficient ou en pâtissent. Elle en a l'entière responsabilité parce que, depuis un siècle, elle flirte avec la catastrophe mondiale. Le résultat en est connu: un continuum de massacres. Mais la démocratie humaniste n'en démord pas: l'enfer, c'est les autres! Et donc, en Europe, le non à la constitution, rien de plus qu'un état de l'opinion, est aussitôt assimilée à une résurgence nazie. Voilà qui est parfaitement sensé. On ne peut pas nier que le vocabulaire a été pacifié. Pour le reste, en toute logique, la réponse que voici:

LA PAIX, VA CHIER!

Et donc, tout aussi logiquement, guerre à la démocratie capitaliste, à ses états, à ses agents qu'ils soient démocrates, nazis, fascistes, totalitaires, populaires, islamistes, etc. C'est-à-dire nationaux et nationalistes, révisionnistes en histoire, selon les intérêts du moment, et, comme on prétend parler de la France ou de l'Europe, de leur tréfonds bienveillant, de leur Volonté aimante, etc.,  au-delà de toute politique et en dépit de l'histoire réelle, négationiste. Voilà ce qu'est le slogan l'Europe, c'est la paix: un négationisme démocratique et rien d'autre.
Par valentini - Publié dans : 1847
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