Des dizaines de suicides protestataires n'ont provoqué, jusqu'à ce jour, aucun soulèvement, en France, contre la dégradation des conditions de vie et de travail, imposées au plus grand nombre. L'idéologie de la Réforme y est toujours à l'ordre du jour, ainsi que l'extravagance des amis des dictateurs arabes, qui considèrent, eux aussi, que s'enrichir est la chose la plus rationnelle du monde. C'est d'ailleurs à l'aune de cette rationalité qu'un état-voyou peut, contre toute attente, acquérir le label de partenaire privilégié de la démocratie capitaliste, notamment s'il apporte son concours à la police générale du monde, quand bien même emploierait-il la terreur d'état, à l'encontre de sa propre population, ou aurait-il accompagné un temps le terrorisme. Le reste, au fond, qui branle le mammouth étatique, dans le cimetière de la paix mondiale, merveilleusement éclairé par la lune du progrès capitaliste, est le lot du droit positif et donc d'une diplomatie plus ou moins discriminatoire, qui ne saurait, en aucun cas, accoucher de la liberté, mais peut, à l'inverse, déployer une intense activité pour en retarder l'émergence et en dévoyer les forces sociales qui s'en feront les porteurs. C'est, en effet, à ce type d'activité que les peuples arabes doivent les régimes politiques qu'ils mettent à bas aujourd'hui. C'est aussi ce type d'activité qui a mis en place le système France-Afrique. Et c'est encore par le biais d'une telle activité que les gouvernements américains se sont employés à soutenir toutes les dictatures américaines. Mais si, pour en revenir à l'actualité du moment, les USA envoient leurs forces navales et aériennes dans les eaux libyennes, c'est tout simplement pour accompagner le mouvement!
Maintenant, au vu du printemps tunisien et des débats qu'il suscite, en France, entre anciens et modernes marchands de tapis, il apparaît sans conteste que la France n'est plus la Tunisie, comme en 1945, et pas encore les USA, comme on l'imaginait volontiers en 2007, mais un amas informe d'intérêts agglutinés les uns aux autres et mus par un unique but dans l'existence: tirer profit au maximum de la mondialisation. De là, l'idée récurrente de déclin et celle plus calviniste encore d'être une puissance moyenne. Cette attitude foncièrement opportuniste présente au moins un avantage. Si, par exemple, on considère que s'enrichir est une attitude humaine élémentaire, aucun tort moral ne saurait être imputé à l'individu qui s'emploie à réussir en ce domaine ou aide son prochain à faire de même. Cela, naturellement, à condition d'élever pareil bon sens, au niveau d'une innocence nonpareille qui veut que: ma morale est la morale universelle. Après tout, si la France est le monde, comment le Français serait-il moins que lui? Et subséquemment ne doit-il pas, à de certains moments, être parallèlement chamboulé? Le chamboulement ministériel est donc un salut énergique, adressé au monde arabe, pour lui dire que, oui! la France se réveille d'un long sommeil de trente ans, et que, oui, depuis trois ans, elle tente de comprendre que le monde est en train de changer. Donc, toute ressemblance avec des personnesou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être qu'un concours de circonstances et, par le fait, ne saurait être que politique, pour ne pas dire imprévisible. Quoi de plus surréaliste, en effet, que d'évoquer la responsabilité des responsables! D'où la question: toute idée de poursuite à l'encontre d'individus, devenus des dictateurs, à leur corps défendant, et, tout bien réfléchi, tout à fait par hasard, est-elle vraiment la bonne réponse? Ne sont-ils pas comme Papon, Barbie, Bousquet et quantité d'autres Européens, des amants fourvoyés de la liberté?
Les mamamouchis du gouvernement, en tout cas, n'en démordent pas: seuls les changements, et donc les réformes, consciemment voulus et poursuivis de façon inlassable par eux-mêmes sont en fait prévisibles. Le reste arrive, sans prévenir, et donc pose beaucoup plus de problèmes qu'il n'en résout. Renverser une dictature, oui, bien sûr, ça va! A condition toutefois d'en prévenir les dégâts. C'est ce que le gouvernement français à tenter, comme il le dit, de faire, par le biais de l'expertise policière. A quoi bon, toujours selon la même source, avoir un savoir-faire, qui plus est, ce qui n'est pas dit par excès de modestie, acquis en Algérie et triomphalement exporté en Argentine, si ce n'est pas pour que les manifestants au bout du compte en bénéficient! Si la France donc était intervenue en Tunisie, comme elle l'a aimablement proposé, en marge de ses activités touristiques, il y aurait eu, au final, moins de morts et plus de Tunisiens pour l'applaudir ensuite. On se prend à rêver d'une exfiltration de Mohammed Bouazizi, avant qu'il n'exécute ce geste débile, dont le résultat a été de jeter toute une nation en plein désarroi. Vraiment, ne pas prendre en considération les intérêts français, c'est nul! A la différence du gouvernement français, il est clair qu'ils ne savent pas ce qu'ils font, sinon, au lieu de réagir de manière épidermique, il se poserait la seule question qui vaille: y a -t-il un gouvernement plus impeccable qu'un gouvernement qui s'oriente en toutes circonstances vers l'essentiel, à savoir la sécurité des biens et des personnes?
Les accompagnangnans, au contraire, nient avec la plus grande énergie, l'énergie électorale, que tout a été fait à temps et comme il faut ou affirment, semble-t-il, sans se contredire, que tout a été fait en dépit du bon sens, le sens de l'histoire, et pas du tout comme il aurait fallu faire, c'est-à-dire comme les socialistes l'auraient fait, si le peuple en eût décidé ainsi. De prime abord, nous dirons qu'ils ne sont pas au pouvoir et que ce qu'ils auraient fait en pareilles circonstances, nul, à commencer par eux, ne peut le dire. Ce qui présente un avantage: ils sont libres d'aller se faire voir en Côte d'Ivoire et de montrer à quoi ressemble une politique démocratique, réelle: appeler à la défense des intérêts de tous ceux que la démocratie intéresse et, en particulier, les intérêts de l'opposition au gouvernement français, logiquement plus intéressée par la démocratie et cela au moins jusqu'à la prochaine victoire électorale. Au reste, leur argument majeur est le suivant: on doit se ranger derrière le peuple, surtout lorsque celui-ci manifestement exige un retour à une souveraineté perdue depuis des lustres. Toute ressemblance avec des personnesou des situations existantes ou ayant existé, lors du référendum de 2005, ne saurait être que polémique. La France n'est pas encore la Tunisie, elle est toujours un petit état américain.
Mais nous tenons à ce que la cohésion nationale, chère à tous les mamamouchis et accompagnangans, ne soit pas un vain mot, en montrant ici qu'il existe bel
et bien une cohérence diplomatique, organisée autour des progrès possibles de l'islamisme et du risque d'une immigration massive, incontrôlable.
D'ailleurs le dernier chamboulement ministériel, comme chacun peut le constater, est entièrement animé par le souci de la sécurité des frontières physiques et politiques. Le
reste au fond peut attendre. Le seul contenu positif du discours politique dominant, en France, revient donc concrètement, au final, à défendre le printemps des peuples arabes, dans la
limite des intérêts propres à l'arc-en-ciel des classes capitalistes de France et mondiales. Rien de moins et rien de plus. Et ceci avant, pendant et après ce qui n'est pour l'instant qu'un
soulèvement à caractère démocratique et pas du tout une révolution régionale contre le capitalisme mondial, bien au contraire. Seules les démocraties capitalistes rangées comme
un seul homme, derrière leur champion américain de la liberté, déploient leur diplomatie en ce sens, avec un sûr instinct de classe. Et chaque nation, selon sa propre religion nationale et sous
son propre voile idéologique.
Le courage et la détermination de Tunis, du Caire, de Tripoli, de Manama, demain, à Paris, contre la corruption capitaliste, yes, we can!