Devant trois démocrates bon teint, disons à trogne mondiale de bourguignon, et un médium, s'exprimant en toute liberté, un républicain à peau aussi épaisse qu'une bible-pare-balle tient bon, ne désarme pas à propos de la voie américaine à la vie, fondatrice d'une société ouverte, jadis on disait philanthropique, pour nous, une forme d'esclavagisme salarié. Cette société est formidable parce qu'elle défend les intérêts de Bill Gates, un bienfaiteur de l'humanité, quelqu'un de cool, et aussi d'Airbus contre Boeing, une race de géants adeptes de la religion la plus neuve, le capitalisme. Sa re-fondation, C dans l'air. La redécouverte de l'Amérique aussi. Bref, cet ami zélé de l'Amérique en Irak fait aux quatre autres une leçon d'histoire aussi naturelle que populaire. Mais changeons de registre! Autrement ce philosophe communicatif, jurisconsulte, essayiste touche-à-tout, conseiller politique de France-Amérique, journaliste-propriétaire de la liberté et de la presse, nous en passons et des généalogiquement longues, car cet homme est à lui seul un condensé de civilisation, un ice-cream gigantesque pondu par un milieu culturel adverse à toute sanctas simplicitas ou pour parler le LTM (langage du troisième millénaire), un chrétien rescapé de l'an mil, bref monsieur (de) Roucaute va nous taxer d'élitisme.
Car le peuple, lui, même s'il n'en est pas, il ne le prend pas de haut, au contraire, il le sent. Mieux, il le hume. Il n'est pas comme ces intellectuels-pipi qui pépient, pas même des torchons à carreaux rouges et blancs, de sales et tristes serpillères, certes de la matière grise, du point de vue de l'échange capitaliste, mais pour boutiques obscures et autres abjects tripots. En un mot, c'est un anticommuniste averti par le communiste qu'il a cru être. Aussi quand cet ancien rédacteur du « livre noir » parle de crime, il n'a pas besoin de se soûler au jus mystique de ses propres racines, il lui suffit de parler en mémoire de lui. Et si nous avons bien suivi son acte de contrition repentante, son opinion est qu'en France, pour parler franchement, c'est pas comme là-bas où ça swingue, ça sent la rose. Cette double image semble définir à merveille le tendre objet vers lequel il tend: le peuple croupion. Ni plus, ni moins que le meilleur morceau, hier, tombé en gueule et, aujourd'hui encore, jalousement défendu par ce défroqué stalinien, devenu avec le temps un fervent républicain, conservateur et âpre au gain. Cette conversion à droite, sous le signe de la Nation, est monnaie courante, en France, un pays où les intellectuels expriment en général une forte hostilité à l'égard des intellectuels. Cette façon de se mettre en valeur est profondément ancrée dans un je-ne-sais-quoi fondamentalement inexplicable. C'est comme le massacre de la Saint-Barthélémy, pour comprendre, faut le vivre!
Sauf que, s'empresseront de rectifier nos trois anglo-bourguignons du jour, Hélène Harter, Ted Stanger et Laurent Cohen-Tanugi qui ont l'histoire pour paravent, là derrière, il s'en passe de bien bonnes, Roucaute n'appartient pas à la pire droite, tout de même! Alors venons-en aux faits. Tout d'abord la crise économique tombe mal, ça commençait à mieux aller en Irak où on vote. Le monde est-il si mal fait qu'on ne puisse choisir de réguler le capitalisme? Non! Le monde va mal parce que le congrès américain, démocrates et républicains confondus, au lieu de s'ouvrir au monde, comme son président l'a fait en direction de l'Afghanistan, de l'Irak, de l'Afrique, a choisi bêtement de protéger les intérêts de chaque état américain pris à part, en s'enfermant dans une logique étroitement économique, quasi du protectionnisme larvé, honteux. Ce n'est pas, en vivant chacun dans sa bulle, qu'on va gagner des marchés. Ce n'est pas non plus en dézinguant Airbus qu'on restera soi-même, being human. Ah! The importance of being earnest! Ne pas prendre le peuple de haut. Être constamment à son niveau d'écoute. Comprendre ses besoins non exprimés. Le désir est un truc d'intellectuel, voire de juif du Graben. Bref être comme lui, innocent du mal qu'on lui fait, voilà le secret. L'humanité donc, selon Roucaute, ne se divise pas en nations prédatrices, mais en civilisations qui roulent globalement vers la paix, un jour, éternelle. Et les peuples ne se décomposent pas en classes sociales, entre nations capitalistes et prolétaires-esclaves du capital. Il y a d'un côté, à droite, de braves types que menacent, de l'autre, à gauche, des salauds soutenus par des pauvres types. Ces derniers sont justement responsables de la mauvaise image de l'Amérique, comme on l'a vu le 11 septembre. Bref, il y a le peuple et son bon à-côté qui prend sa défense, Bush a encore des millions de partisans, Le-Pen aussi d'ailleurs. Cet à-côté-du peuple est un « malin » qui sait y faire avec lui, pour lui donner l'impression d'être pareil et se bat contre la liste non exhaustive des intellectuels et idéologues complètement séparés du peuple. Tout ça, un jour, l'histoire le dira. De même qu'elle dira quel homme merveilleux a été ce W, se contredisant par la bouche d'un quelconque Roucaute qui aura compris combien il a eu tort d'être de gauche à l'époque qui est la nôtre, voire d'avoir voulu changer le monde, en faisant sauter les tours jumelles, vision qui se révèlera alors totalement erronée. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas quand le vent tourne. Mais au fond est-ce si grave? Manhattan est plus ou moins un quartier d'intllectuels, non! Si la leçon de Roucaute ne dynamite pas toutes les idées reçues, pour mieux conserver son fond révélé, alors nous voulons bien passer pour des intellectuels imbéciles. Au moins une masse d'idiots aura prouvé que sans président, tout est dépeuplé.