Dans le monde imaginaire de l'économie standard, les mots licenciement, chômage, grève, manifestation, n'ont aucun sens. C'est le meilleur des mondes possibles. Il y a un prix pour chaque chose et chaque chose a toujours, à tout moment, son vrai prix, à condition que l'état ne se mêle pas de jouer la providence. La loi et la police, voilà son affaire, en France comme en Irak. Le but, étant de défendre la propriété, seul objet susceptible de rapports et donc de calcul économique. Une main secourable a fait en sorte que cette Science n'attrape pas d'ampoule démagogique, source de mauvaise volonté, foi, humeur, etc. D'ailleurs, les naviculaires de cette Science-là première ne se sentent vraiment humains qu'au moment où ils pissent et chient. Cet appel à la vie est en dernière analyse. S'en dégage un parfum de liberté rationnelle. De tels phénomènes de foire font évidemment la joie des médias, trop heureux de mettre la main sur des spécimens qui montrent que l'homme est tel qu'il le communique en permanence: un vulgaire sac à merde. Et donc l'économie standard, hors sa planche à calculer, son salut, sa main magique, tendue au-dessus de la masse, est utilisée par les médias à sa juste valeur: dire au populo, ses quatre vérités. Pour le reste, inch allah! A chacun sa merde. La haine ordinaire est le retour sur investissement de l'économie standard dont tirent profit les états capitalistes et leurs bandes assermentées au service des différentes classes rapaces qui tiennent le genre humain en esclavage. Cela dit, dans un monde où trois cent millions d'actionnaires détiennent tous les moyens matériels d'organiser la vie sociale au gré de leurs désirs impossibles à chiffrer, par le fait qu'ils sont sans précédent, la solution que doit activement préparer le prolétariat militant est tout simplement de réaliser les conditions de leur extinction. La condition sine qua non pour sauver non seulement l'espèce humaine, mais toutes les autres espèces, de leur rapacité.
Côté gouvernement, l'extrême des classes capitalistes, et des agents ouverts aux solutions capitalistes, la planche à calculer des jésus-gribouilles de l'économie standard n'est, en pratique, d'aucune utilité publique, sinon propagandiste. L'existence de l'état national capitaliste et de ses agents et managers prouvent à l'évidence l'escroquerie économique standard. Il n'y a nulle part d'économie de marché sans état et même au contraire si l'on en croit les absurdités libérales, les catégories de l'économie capitaliste, le salaire, la plus-value, la valeur, etc., comme le nuage de Tchernobyl, suspendent leur vol dès que leur être capitaliste leur manque. L'hommage de la vertu libérale au vice totalitaire. La division en état nationaux est donc la condition obligée sans laquelle la division sociale capitaliste ne peut espérer s'étendre, se développer, s'intensifier. Cette division a effectivement un prix qui endiable les lorettes à cornes standard, courant après leur pneumatique liberté. Les faux-frais nécessaires à la circulation du capital, la fameuse « dette » dont le compteur fou est l'image parfaite de la psychose de l'endettement, ne cessent de s'accroître, en montrant que le capitalisme d'état est le stade ultime du capitalisme. Ce n'est pas un hasard si l'économie politique s'est métamorphosée en libéralisme, une idéologie étatiste, exaltant la concurrence entre états et blocs d'états capitalistes.
Rappelons, en passant, que la pensée libérale originelle avait pour obsession le bon état et non le genre humain, pour elle, simple musculature dont les mouvements mécaniques reflétaient, à ses yeux, l'esprit divin qui, de son côté, a l'état, ce monarque et Léviathan, pour intermédiaire. Et Popper et Hayek, les Karl et Friedrich du libéralisme et de la contre-révolution conservatrice, deux ostrogoths, deux saloperies à face humaine, chancre auguste de l'individu capitaliste et clown blanc de la liberté reconstituée après son enterrement in vollem staat nazie, n'ont fait que perpétuer à travers leurs phrases accolées comiquement, cette haine bourgeoise de l'homme libre et ce désir libéral irrésistible de soumettre le genre humain à l'esclavage salarié, selon eux, le meilleur des mondes possibles. Pauvre Leibniz! Triste Hegel! Marx vous avait quand même réservé un bien meilleur traitement. Mais passons! Tout ça, c'est du passé! On ne va pas parler de la destruction des juifs européens pendant mille ans! Six millions d'hommes pour nourrir le capital, c'est juste de quoi se mettre en appétit! La parole est à nouveau à la fourchette. Miam!
Malgré le fondement théorique pourri sur lequel il végète, le gouvernement français, auteur d'un rêve psychotique de rupture radicale avec lui-même, croit cependant avoir trouvé le truc: contre la « dette », la diète! Ce régime salutaire, véritable cure de reconstruction dynamique du corps social et autres bains nationaux, serait, d'après lui, LA solution politique radicale, une garantie-or en matière d'élimination à 100% de la graisse socialo-marxiste qui étouffe la France et l'empêche d'avancer ou même pire la tire vers le bas où gît l'abomination nationaliste, la démence protectionniste, sans parler du communautarisme, du corporatisme et autres ismes catastrophiques. En tout cas, le gouvernement français n'a peur ni des mots, ni du ridicule. D'autant plus que son maître à penser l'agir dans le bon sens a un ton et des mimiques qu'on jurerait made in racaille, si ces potes n'avaient point yôcht. Ce rêve psycho-étatique d'une France à l'américaine, divisée en nation prédatrice, bardée d'une slum belt squelettique, se trouve cependant confronté à des problèmes, semble-t-il, psychologiques. A l'intérieur de son rêve, il semble que le Français cauchemarde. Réveil typiquement surréaliste, du genre poupées russes. Le monstre froid que le gouvernement poursuit de ses foudres, il en est, en fait, à la tête. Mais au lieu de se décapiter, ce qui paraît la solution à la fois la plus sage et la plus économique, ce demeuré du triste passé colonial et des bains-douches, persiste et s'entête, il croit réellement et dur comme fer que la nation est vivante! Et donc derechef; il étudie le meilleur régime possible dans le plus mauvais des mondes existants actuellement. Ce régime, c'est bien sûr l'internationale des diètes! Ou sommets internationaux qui décident comment régler leurs comptes aux protestataires non officiellement reconnus et autres rapaces de banlieues. En attendant mieux: quelques massacres d'envergure ou de grande ampleur. En Iran, par exemple. Le monde doit souffrir pour être au top.
Voilà qui explique qu'après le formidable battage sur la gouvernance mondiale, enjeu incontournable du prochain siècle, après lequel est accroché le radeau radieux de l'humanité durable, fruit lui-même d'un tri sélectif que les marchés, comme on vient de le voir, ont anticipé, il y a des folies créatrices de monde nouveau, on se préoccupe curieusement à présent surtout d'un détail, à nos yeux, sans importance: la rapacité du Nouveau Parti Anticapitaliste. C'est sans doute que les syndicalistes soucieux de collaborer à la politique du gouvernement, certes de droite, mais, raison gardons! uniquement sur un plan politique et dans la mesure où il y a une gauche, l'ont-ils aidé par quelque mouvement de mains charitables, à s'envoler dans le ciel désert. Aujourd'hui, si l'on sait se tenir et marcher en équilibre sur une ligne droite, étroite, face à une caméra, il est facile de passer pour un aigle, vu que presque tout le monde rampe. Reste que la politique française surprend toujours par sa capacité à réunir de manière ponctuelle et éphémère une bande de charognards, généralement occupés à s'occuper de leurs propres affaires, tout ça autour d'un fait qui apparaît pourtant d'une banalité extrême.
C'est évidemment le mot extrême qui les décide à réagir. Leur instinct politique les avertit immédiatement d'un danger: le risque de diminution de leur ronron électoral, ce qui n'est pas rien pour eux qui ne sont guère coucous philosophes et encore moins têtes-de-linottes économistes. Sans compter que ce n'est pas l'actuelle majorité en rupture avec elle-même qui les incitera à dévier de cette revendication à exister. Un buse gouvernementale vient de qualifier le PS de groupuscule d'extrême-gauche. C'est dire le côté cannibale pour du beurre du débat en cours et sa grande ouverture cocagnoesophagique. Si la gauche utile est prête à prendre un coin de ciel bleu de Prusse orageux sur la gueule, au nom de l'unité nationale, et pour ce faire copuler avec la droite ennemie qui vient jusque dans ses bras forniquer sa différence culturelle, son bagage, comme elle dit, l'innocente, elle n'est pas prête à brader presque un siècle de méandres et longs boyaux de couloir au service du capitalisme. D'ailleurs la droite présidentielle n'est pas, selon ses propres dires, si dénuée d'humanité, tous pissent et chient, qu'on ne puisse voter pour elle, au contraire des extrêmes planqués sur le bord de la voie qui nous mène là-bas loin des rapaces du jour.
Cette voie est sûrement cette autoroute de l'information où rouler pépère et en cinquième vitesse, mais dans le même sens. Quant à savoir à quelle vitesse roulent la droite et la gauche, nous nous contentons de faire observer que rouler très vite dans la nuit et le brouillard n'a rien d'incompatible. Un, ça relance l'industrie automobile après carambolage et deux ça permet aux inspecteurs routiniers des travaux finis de s'exprimer sur le nombre de morts inadmissible. Le principal au fond est de tirer le bon numéro au bon moment, quelqu'un va gagner de toute façon. Mais ce qui poétiquement parlant a ses raisons qu'il n'y a pas lieu d'évoquer ici, n'est pas politiquement un horizon d'attente soutenable. Parce qu'ajouter au nouveau roman de l'économie standard, avide de rendre service en suivant attentivement le mouvement d'une marchandise donnée, entre la bouche et l'anus, sur un plan métaphorique s'entend, c'est-à-dire en tant que tube communiquant la liberté, sinon c'est une naissance et la chose vient d'ailleurs, ajouter à tout ça un bébé prophétique d'un avenir trouvé tout fait dans l'eau de rose de la politique des réformes, c'est effectivement être « en route vers l'inconnu », c'est-à-dire, comme disait l'autre, si on sait pas où on va, on y va. Et donc le mot d'ordre est tout bêtement: bibi ma gueule d'abord! A ce point-là, où ça banque, ou ça saute. Et donc au feu glacial de la richesse, illuminant des sourires amicaux cannibales, nous préférons l'humaine chaleur d'une insurrection contre ce monde où les moutons à peau de lion dévorent les hommes. Au concret des états capitalistes, divisés en classes sociales, nous opposons l'utopie de l'espèce humaine unifiée.
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