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Mercredi 8 avril 2009

 

Une ribambelle d'escrocs, de bonimenteurs et de charlatans se sont donnés rendez-vous à Londres, l'un des plus grands paradis fiscaux de l'archipel capitaliste dont le président américain est en quelque sorte le grand-duc, pour déclarer à qui veut bien leur prêter vie: le capitalisme est mort, vive le capitalisme! Car juré! Promis! Craché! On ne les y reprendra plus! Ils ne s'accointeront plus, tels morues et maquereaux en bancs, dans les eaux opaques des montages et produits financiers. Dorénavant, au contraire, requins-baleines inoffensifs pour l'homme, ils se présenteront au monde, clés bancaires au cou, avec pour chemise idéale, une transparente honnêteté. La fraude mondiale, massive, évidemment, sera bannie aux confins de l'univers boursier et bancaire, porté à la connaissance du citoyen lambda. Nul ne peut nier certes que ce rassemblement de délinquants à col mao de luxe fut un grand moment médiatique. Ce n'est pas tous les jours en effet que le Crime fait pénitence. Mais relativement à l'homme à la croix, venu sanctifier in extremis la razzia romaine et ses bandes de pillards criminels, en robe de sénateur et jupette de légionnaire, l'Adam prodigue du prodige capitaliste se complaît dans la comédie de boulevard, le dernier rempart de la morale bourgeoise. Car quoi de plus interchangeable et de plus universel que le cocu magnifiquement interprété pour l'occasion par le Roméo-en-chef du capitalisme français. Et cela, non en vertu du fait que « sa femme est une bombe », comme dit la presse d'investigation américaine, presse aussi sérieuse qu'énorme, mais en tant que porte-flingue du capitalisme dit anglosaxon, fait dont il s'est encore vanté à propos de la réintégration de l'état français dans le giron de l'OTAN, ce fragment authentique de la liberté du monde capitaliste. Être constant dans le cocuage, la France est bien une terre d'exception, une terre promise. Le tout, étant de savoir à qui?


Sur cette exception fine, mélange d'avidité requinquée et de méfiance atavique, une majorité de Français se retrouve d'accord pour y voir une certaine efficacité et lui octroie en conséquence leur confiance, bien sûr, comme toujours, de manière conditionnelle. Dixit Opinionway, l'entreprise aux trois regards, résurgence sans doute du folklore trinitaire. Même si spontanément, d'un autre côté, ils s'accordent entre eux d'abord et en leur for intérieur où se situe la garçonnière du nain qui dit oui à son double qui en veut plus, et cela avec le soutien indéfectible des médias, pour l'heure, ils se déclarent prêts à croire que le premier des convertis à l'idée de destruction conservatrice et de France, l'homme qui s'amarre au môle de « la croissance avec les dents », et donc, à contre-courant de l'actuelle faillite mondiale, le dernier libéral élu du monde capitaliste à présent mort, a plutôt bien défendu leurs propres intérêts, diplomatiquement qualifiés de nationaux. Le but étant justement de calculer les dits intérêts en temps réel, derrière le vague d'une relative bienveillance approbatrice. Le dompteur qui pataugeait dans le rouge a su se dompter, c'est un lion! Après avoir bouffé du mammouth étatique, le voilà qui se drape opportunément dans son nouveau rôle de défenseur de l'économie nationale avec les ors étatistes et le brio présidentiel attendus. C'est ainsi que, comblé par sa propre amnésie, il danse dans la vieille carcasse diabolique étatique, en veste d'avocat de tous les français. Mouvement de victimisation dialectique, il va de soi. Sauf que le temps réel capitaliste, comme chacun a pu le constater, a son propre moment spéculatif qui est fonction d'une loi totalement négative et pour ainsi dire imaginaire, la loi de la valeur! Arrive un moment déclaré immoral, pour avoir oublié que les capitalistes aussi sont des hommes en proie aux affres de la difficulté de réussir, le moment made off, où les rêves capotent. Les rêveurs d'infini capitaliste se carapatent à toute vitesse: après nous le troisième déluge mondial! Le capital y effectue son énième énorme menstruation. Il aurait tant aimé donner naissance à un monde libéré du cauchemar de la violence terroriste, mais pas de bol, nuit de Chine, nuit câline, le voilà obligé de remballer sa mandoline. La faute au diable, sûrement! Comme croit savoir le ouï-dire qui est aussi le non-penser.



Mais qu'est-ce que la loi de la valeur inexistante? Ce n'est pas si long et impossible à expliquer, comme voulait le faire croire cet ostrogoth et crétin alpin de Böhm-Bawerk, un économiste libéral, par ailleurs libre bureaucrate d'un empire impérial, lui aussi disparu. Nul besoin de remonter à la pomme d'Adam pour comprendre que la richesse des nations, c'est-à-dire les capitaux des classes capitalistes, résulte du seul travail humain auquel aucune habileté d'apothicaires new look n'ajoutera, quand bien même sur la base de calculs économistes extrêmement sophistiqués, la moindre portion de réalité humaine et matérielle. Le prouve tout simplement l'accumulation de la montagne magique de dettes et/ou créances nulles et non avenues qui n'ont de toxiques que leur côté bidon: une absence momentanée de possibilité de réalisation dans un nouveau cycle de production capitaliste de grande ampleur et d'insolvabilité des débiteurs. Pourquoi les détenteurs de ces créances acharnées à travailler, fruit de trois décennies de forte croissance capitaliste, comme se répète à lui-même le gogo, imbu de conversations avec l'avenir, n'attendent-ils pas patiemment qu'elles leur fassent des petits, au lieu de crier bêtement: au voleur! A l'assassin! L'Amérique, la Chine, les paradis fiscaux, les traders, etc., nous ont piqué notre coffre à produire des miracles? Le « marché » ne doit-il pas, en dernière analyse, rétablir l'équilibre? Ses prix, comme des champignons après la pluie, avertir du moment opportun de reprise? La circulation des capitaux, comme la marée, ramener tranquillement aux pêcheurs terrestres, son pain quotidien de poissons paradisiaques qui se multiplient sitôt portés en bouche? Rien de tout ce que promettait les escrocs, bonimenteurs et charlatans du G 20 et leurs commanditaires en instance de renflouement sur le dos du prolétariat mondial ne s'est produit. Ce qui ne les empêche pas, avec leur énorme culot capitaliste habituel, de nous prédire à nouveau le bel avenir, bien sûr avec du sang, de la sueur et des larmes. L'émancipation humaine, ils ne la voient en fin de compte que sous la forme d'un renforcement permanent de l'ordre capitaliste et donc de la ruine économique des nations et de la violence politique qui en est le vecteur et le recours. Le maintien et le développement de l'OTAN n'est donc pas pour rien, mais en prévision de la catastrophe à venir. Aussi il convient de laisser les Français parler au Français. L'utopie de la révolution mondiale ne fait pas partie de leurs petits rêves fiscaux concrets qui est de se promettre de faire de la France un paradis capitaliste d'entrepreneurs honnêtes, prêts, ils le jurent, à se laisser immoler pour sauver la finance mondiale et prouver ainsi la confiance qu'ils ont dans leur propre système, mais à une condition! Que leur innocence soit reconnue! Prosterne-toi prolétaire! Voici l'éternel capitaliste qui a raison dans tous les cas de t'exploiter, car c'est pour ton bien. Dialoguer avec lui n'a par conséquent aucun sens.

 

Par valentini - Publié dans : économie politique
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