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Lundi 8 juin 2009

 

 

 

Les élections européennes en France ne font que confirmer ce fait durable qu'un gros quart seulement des Européens adhère à l'idée européenne; le reste, une majorité écrasante d'électeurs, ne fait que subir l'économie capitaliste sans manifester d'enthousiasme particulier. C'est d'ailleurs cette apathie politique qui lui vaut d'être méprisée par un ensemble de couches sociales disparates, trop heureuses de recouvrir d'un nom générique, leur situation de citoyens privilégiés. Après plus d'un demi-siècle de « marché unique européen », c'est ce qu'on appelle une réussite! L'Europe est donc le nom gracieux que ces amis du genre humain d'un nouveau type s'attribuent volontiers pour justifier leurs intérêts privés et personnels, allant jusqu'à estimer que cet égoïsme particulier, c'est-à-dire historiquement et socialement constitué, est en réalité un fait d'utilité publique et sociale. Certains de ces philanthropes, sans doute touchés par la grâce, vont encore plus loin puisque cette fracture sociale est pour eux le signe d'une opposition globale entre démocratie et fascisme.


Cette coupure, sauf à considérer que les nations européennes sont peuplées majoritairement d'imbéciles, qui plus est archaïques et rétrogrades, -il y a donc une grosse minorité d'imbéciles heureux-, est donc pour nous un fait idéologique majeur. Car nous ne voyons pas la pertinence intellectuelle d'une distinction qui, tout compte fait, ne fait que séparer artificiellement les hommes selon leur degré supposé d'éducation et de culture. Si encore l'éducation et la culture en question s'organisaient en volonté réelle et pratique de transformation radicale des conditions capitalistes d'existence, ayant pour but de garantir à chaque individu une stabilité économique et sociale sans laquelle aucune vie digne de ce nom n'est possible! Ce qui non seulement n'est pas le cas, mais même, au contraire, ce quart d'Européens avertis occupe principalement son temps libre à exalter sa capacité à s'adapter au jeu chaotique de l'économie capitaliste et en tire un sentiment de supériorité absolument répugnant. Son bonheur particulier à se définir comme européen est tout bonnement un préjugé de la pire espèce, il masque intellectuellement sa soumission pratique réelle au développement non maîtrisé de l'économie capitaliste, vu par ailleurs comme un moment de vérité humaine. Le conformisme atteint là des sommets, en se grisant de cynisme. Le bourgeois interlope se pavane en habit de Don Juan.


Cette idéologie, comme toute idéologie, nie d'abord et avant tout la division sociale du travail, produite par l'économie capitaliste, dont elle constitue simultanément le ressort dynamique de son développement économique. Mais comme les faits sont têtus, cette division est intégrée au titre de différences sociales inévitables qu'une sociologie de bazar interprète comme un manque de maturité intellectuelle et morale, dont est indemne naturellement le superbe Européen, où prévaut l'idée de responsabilité individuelle et des formes d'incapacité plus ou moins fortes à maîtriser l'environnement économique, donné implicitement pour homogène; ce qui n'est vrai qu'abstraitement parlant. Chaque individu est en effet libre d'exercer et de changer d'activité où et comme bon lui semble. Mais que l'immigration prenne au sérieux l'idée d'égalité d'accès au bonheur économique capitaliste et aussitôt la société ouverte se crispe comme une huître dont on force la coquille. Cette société mobile immobile apparaît donc comme sa propre ennemie, refusant en pratique ce qu'elle affiche idéologiquement comme son principe d'existence. Dans ces conditions, il n'y a pas à s'étonner de l'apparition de l'idée de justice sociale, pour contrebalancer les effets pratiques de l'idée de responsabilité individuelle, c'est-à-dire, dans le cadre de l'économie actuelle, l'expression ampoulée du vieux système D. La somme des actions privées, n'étant sociale qu'en dernière analyse, il faut bien que l'état capitaliste agisse comme un sauveur de dernière instance, faisant l'aumône à ceux à qui il doit son existence, la masse des prolétaires, bien sûr stupidement anti-européens.

Par valentini - Publié dans : idéologie
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