Sur fond de crise financière, les médias s'interrogent sur l'avenir du parti socialiste. Certains de ces rossignols de la liberté, qui chantent matin, midi,
soir, devant les portes de la tyrannie, vont jusqu'à s'inquiéter du possible mauvais coup pour la démocratie, s'il venait à se disparaître. On se demande bien pourquoi. N'affichent-ils pas la
prétention d'être l'opinion publique par excellence! Le PS peut donc crever. La chambre des amours nationales verra défiler d'autres soupirants soucieux d'harmonie et d'entente
cordiale entre les classes. Leurs aventures, faisant le bonheur de l'impériale presse à grosse caisse. C'est, en tout cas, notre avis qui ne doit rien aux sales méthodes publicitaires qui ont
cours, du type « black is beautiful » ou du genre, je suis la différence! Si le style, c' est l'homme, c'est que l'homme est l'histoire réécrite en images. Disneyland,
par exemple, dessine une Amérique miniature. Et comme les socialistes français ont une histoire double, deux styles, au final, se font jour. Le style « mater dolorosa » et le
style « passionnaria » dont la croyance commune se fonde sur la retentissante fracture sociale. Le gaullisme primitif croit lui aussi dur comme charbon-fer-acier au
paradis des trente glorieuses et à la Chute lourdaude et inintelligente du néo-conservatisme anglo-saxon. Cette Chute, étant cachée par l'autre allemande, unificatrice. L'actuel et âpre
débat sur l'intégration à la nation et les moyens d'y parvenir n'est donc pas par hasard. A gauche, comme à droite, la communauté nationale est un fait indépassable.
« Métahistorique » et « métapolitique », pour le dire à la manière « métasocialiste » de la motion « l'espoir à gauche ». De ce
point de vue, il n'y a pas d'exception française. Le problème des socialistes est donc avant tout de définir l'attitude politique à adopter face à cette fracture sociale, en réalité
fractures multiples, menaçant la cohésion nationale et, par voie de conséquence, leur position d'intermédiaires politiques du corps social, indépendamment du fait que leurs chefs sont des
citoyens professionnels, c'est-à-dire des politiciens curieusement ennemis des dictateurs à vie. Ceux-là ont eu tout le loisir de vérifier que l'économie capitaliste a la propriété d'allonger
leur espérance de vie, en leur donnant tant et plus. Vraiment, Saddam Hussein est un con. Mais tournons nos regards vers le chemin qu'aucun tarse et métatarse ne foulent. Une voix nous
parle.
« Nous vivons un moment d’abaissement national. Je le crois en partie lié à la méconnaissance de notre histoire et de ses principes. Je sais que cela peut
sembler loin des préoccupations du jour, mais c’est une erreur. Tous ceux qui ont prétendu ou prétendent encore pouvoir faire l’économie de cette refondation (de la politique et de la France) et
de cette bataille idéologique participent de cet abaissement. Philosophie, histoire et politique sont, depuis la Révolution française, inséparables. C’est pourquoi ce long détour par notre
mémoire est peut-être le plus court chemin vers notre avenir. Lorsque Mendès-France rejoint le socialisme, Merleau-Ponty écrit un texte où il soutient que la seule survie politique possible,
par-delà l’horreur communiste et la mystification libérale, se jouera sur la ligne du socialisme réformiste. Survivre politiquement, tel est l’enjeu ».
Pour Vincent Peillon, l'auteur de « la révolution française (continue) », l'origine républicaine et bourgeoise du socialisme français est
avérée. Dont acte. Comme tous les philosophes au coin du feu médiatique, Peillon a le goût du raccourci historique, guillotine excepté. A la trappe donc, la conspiration de
l'égalité et son chef Gracchus Baboeuf, exécuté en 1797. N'étant pas un bourgeois, il n'est rien, forcément. Mais le socialisme français n'est pas tout le socialisme. D'où la
dénonciation du socialisme boche, l'alter ego, en France, du popof. Pisser contre le Mur disparu voilà qui soulage! Mais gare au pantalon mouillé par le vent mauvais de
l'histoire! Sauf que cette dénonciation, outre absurde, est fausse parce que les thèses réformistes de la vieille social-démocratie allemande
ne sont pas éloignées de la pensée d'un Louis Blanc pour qui
« la révolution de 1789 fut certainement une révolution socialiste (…) puisqu’elle modifia la constitution économique de la société au profit d’une classe
très nombreuse et très intéressante de travailleurs ; mais la révolution de 1789 laissa beaucoup à faire pour la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ! (…) Elle déblaya la route
de la liberté ; mais elle laissa sans solution la question, très importante pourtant, de savoir si beaucoup de ceux qui étaient à l’entrée de la route n’étaient pas condamnés par les
circonstances du point de départ à l’impuissance de la parcourir. »
Cette idée d'une parenté entre révolution nationale et bourgeoise et révolution internationale et communiste est le propre de toute la social-démocratie européenne,
y compris russe. Une pure vue de l'esprit, en fait. Ou comme dit Peillon, un « récit », entièrement imaginé par une génération qui n'est plus que pourrissante, au sens propre
et figuré du mot. C'est l'idée fumeuse, puisée dans le catéchisme républicain, d'un mouvement ouvrier, restaurateur de la philosophie trahie des Lumières et la continuation de cette dernière par
d'autres moyens. Quand aux moyens en question, outre les tables tournantes inoffensives de Hugo, les faits et les livres sont là qui montrent ce qu'il advient quand on tente sérieusement
d'associer socialisme et libéralisme. Quelque chose fumeux en sort mais qui n'a rien de théorique car quoi de plus fumeux que l'empirisme des ambitions et le pragmatisme de la carrière,
inscrits l'un et l'autre au fronton des idées sociales républicaines, qui comme on sait ressuscite les morts à volonté et fait de Rousseau et de Marx, les pères de Hitler, un communiste! Bravo
monsieur Furet! C'est heureux que votre tête fracassée ait montré comment le monde, selon vous, allait! Mais Vincent Peillon veut combiner la liberté et l'égalité. Ça n'a rien de nouveau, ni
n'est le propre du socialisme français. Sauf que le combat (la conspiration, selon Baboeuf) pour l'égalité face à l'économie capitaliste, n'est-ce pas précisément pour le
prolétariat la liberté de rompre avec la liberté bourgeoise, pourvoyeuse de catastrophes et pas que commerciales? Maintenant si on imagine une France coupée en deux, comme le font les socialistes
qui vivent encore au temps des 200 familles et du mur d'argent, cette vieille France mitterandienne, il n'y a plus de place pour capitalistes et prolétaires, mais uniquement pour riches
et pauvres que le super citoyen Peillon propose de réconcilier grâce à un panel de réformes budgétaires et fiscales judicieuses et aussi, bien sûr, un plan de relance.
Voilà le genre d'honnête homme qui salue en Marx, un intellectuel immense, doublé d'un imbécile politique, parce qu'il n'aurait pas su voir que la
révolution française loin d'être un épisode de la lutte des classes est l'événement fondateur qui continue d'organiser en profondeur le monde contemporain. Ce qui est vrai, si on le situe
dans la perspective des guerres et révolutions qui agitent le monde bourgeois et capitaliste depuis cette époque, dans l'espoir d'une paix perpétuelle. Même les Américains font l'éloge de la révolution, en Irak! Eux qui ont peint la liberté en colère, le 6 août 1945, à Hiroshima. Sauf que
le Marx, qui a écrit « à propos de la question juive de Bruno Bauer », en réponse à « la question juive » du même Bruno Bauer, a, dans ce texte, séparé les
droits du citoyen, des droits de l'homme. Les premiers, pour lui, synonymes d'altruisme et de désintéressement et les seconds, l'expression tout simplement de l'égoïsme et de l'individualisme
bourgeois. Les uns et les autres, sur le plan des idées, contradictoires, constituent justement le propre non résolu de la révolution française et ceci jusqu'à l'avènement de la III° république,
lorsque le républicain triomphe sur les décombres du premier assaut prolétarien. La révolution française est donc un fait achevé et clos sur lui-même. Elle est la liberté en acte relativement à
la société d'ancien régime. Sa continuation logique, étant cette conspiration de l'égalité, qui continue d'inspirer de la haine à nombre d'usagers pacifiques à la vie violentée
par le syndicat des preneurs d'otages et dont s'emparent également les classes capitalistes en retard, sur le plan de l'accumulation, pour revendiquer une place au soleil. Mais entre le
prolétariat, un fait mondial, et le catalogue international des grandes, moyennes et petites bourgeoisies, il n'y a pas de cohésion qui tienne. C'est une lutte à mort. L'histoire en est la
preuve. Mais peut-être croit-on que cette lutte est une simple façon de parler? Qu'elle n'est que le fruit d'un complot international de terroristes de tous poils, gens méchants
et malades, une illusion meurtrière? Dans ce cas-là, on s'appelle Peillon et pour le prochain porte-à porte électoral, on élabore le paillasson qui absorbe l'histoire et laisse enfin le
bourgeois en paix dans sa baraque. Seul au monde, enfin, à réfléchir sur soi et son avenir. Mais le naturel, étant ce qu'il est, c'est un beau bordel pour dire quel est le meilleur
socialiste.