Tout commencement est ambiguïté. Fait qui se vérifie encore aujourd'hui. « 81 % des Français », s'ils pouvaient, nous dit-on, à propos des USA, voteraient en faveur de l'actuel candidat démocrate qu'il est inutile de nommer. C'est à peu près le score du très républicain Chirac, au second tour de la fameuse élection présidentielle française de 2002. Voilà « W » rétrogradé au rang d'un Le-Pen. C'est dire s'il est mondialement populaire, après huit années d'action prophétique, passée à en découdre avec les troupes du grand Caïd, cet adorateur des médias et autres types de dynamite. L'idée foncièrement extrémiste que le néo-conservatisme américain, ce grand Edelweiss planétaire, peut être assimilé à une variante, sinon de néo-fascisme, de droite extrême, comme disent les subtils créateurs d'un Langage du Troisième Millénaire, s'est banalisée au point qu'elle semble devenue, quoique de manière subliminale, l'opinion générale. Le GI Joe qui louait sa « révolution conservatrice », autre plan B and come back, un combat moral que partage la bien-nommée Al-Qaïda, en séparant l'humanité en surhommes, les croyants, et en sous-hommes, les louseurs, race quasi biblique, en tout cas fondamentalement non-américaine, peut, en désespoir de cause, se vanter d'avoir uni le monde contre lui. Probablement l'effet à rebours d'une benladénisation des esprits. Pour le petit poucet de la droite impeccable qui, au petit lendemain de la première guerre de pacification nord-euro-américaine en Irak, canoniquement nommée « guerre du Golfe », en était encore à gambader dans les jupes balladuriennes, ce langage daté était à l'époque autant de cailloux blancs jetés dans l'inextricable forêt des lois dormantes et autres règlements mouvants de l'horrible gauche capitaliste. Barrer de règles ce qui veut croître et multiplier, pensez l'horreur économique! Un avortement mondial de la vie. Même si, comme on l'a vu ensuite, cette forêt de brigands assassins s'est révélée imaginaire, puisqu'elle se composait au final d'un seul arbre foudroyé, entouré d'un parterre, comme il en pousse, en un seul jour, à la Toussaint ou en Palestine, le jour où l'ONU est devenu l'exorciste-paysagiste de « l'Orient », jusque là aussi ennuyeux que désert. Là-bas, c'est seulement quand il pleut du sang sur les maisons et que la terre s'ouvre qu'il se passe quelque chose de grand et d'éternel, en un mot de providentiel. Un homme est sauvé de l'esclavage qui sauve un peuple en retour. Dans la vision américaine de l'existence, tout se tient, en un déterminisme aussi hasardeux que rigoureux. Pas étonnant que cette grandiose confusion, où l'actualité, en fait de réalité, et la fiction hollywoodienne qui superpose allègrement people et peplum se mêlent intimement, soit de nature à plaire aux vieilles sociétés capitalistes européennes qui rêvent elles aussi de renaissance. Mais, curieusement, comme en 45, c'est encore et toujours vers l'Amérique que monte le nouvel Alleluia de la libération capitaliste. Qui n'est pas saisi comme nous d'un formidable rire, c'est qu'il ignore tout de l'humour juif allemand. Les victimes du marxisme médiatique se reconnaissent, en effet, à leur gueules longues comme un jour sans mur. Hommes de la caverne capitaliste! Le temps est venu d'aller au-delà du théâtre des idéologies. Il y a bien une terre promise: l'espèce humaine unifiée. Et si ce fait-là doit passer par Obama, why not? On ne choisit pas les conditions de la révolution, surtout communiste.